Groupement de Scientifiques pour l’Information sur l’Energie Nucléaire
Association loi 1901 – n°0913001710 ( JO 30-01-1976/ page 783)
APE 7707 – SIRET 320 888 506 000 13
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COMPTE_RENDU DE L’AG DU 27 JANVIER 2018
Compte-rendu de Pascal Sejourné

L'assemblée générale du Groupe scientifique d'information sur l'énergie nucléaire s'est tenue samedi 27 janvier 2018 à Paris avec une vingtaine de participants.

Scientifiques, experts et représentants associatifs sont réunis autour de Monique et Raymond Sené.

Le GSIEN est une association loi 1901 créée le 30 décembre 1975 suite à l'appel des 400, appel de scientifiques dont 200 physiciens nucléaires, et publié dans Le Monde le 11 février 1975. Cet appel "A propos du programme nucléaire français" se concluait sur les phrases suivantes :

"Nous pensons que la politique actuellement menée ne tient compte ni des vrais intérêts de la population ni de ceux des générations futures, et qu'elle qualifie de scientifique un choix politique. Il faut qu'un vrai débat s'instaure et non ce semblant de consultation fait dans la précipitation. Nous appelons la population à refuser l'installation de ces centrales tant qu'elle n'aura pas une claire conscience des risques et des conséquences. Nous appelons les scientifiques (chercheurs, ingénieurs, médecins, professeurs ...) à soutenir cet appel et à contribuer, par tous les moyens, à éclairer l'opinion."

Marcel Froissard, physicien et professeur au Collège de France avait signé l’appel et tenu à être présent à la conférence de Presse : il a soutenu le GSIEN dès sa naissance et nous lui en sommes très reconnaissants. Il est décédé le 21 octobre 2015. Monique Sené lui rend un nouvel hommage.

L'ordre du jour est arrêté en début de journée avec les propositions des participants. Cette année les points suivants sont abordés :

- Le plan de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE),
- Les 4ème visites décennales (VD4),
- Le point sur les pollutions atmosphériques de l'usine de Malvési à Narbonne,
- Une critique du rapport du Docteur Christian Sueur sur les conséquences génétiques des essais nucléaires de Polynésie, chez les petits-enfants (2e Génération)
- L'ANDRA et CIGEO,
- Bugey, Civaux, Flamanville...

Monique présente les excuses de Bernard Laponche qui avait prévu de venir détailler l'état financier d'EDF. Cette contribution sera reprise dans un prochain numéro de la Gazette nucléaire. Les faiblesses économiques de l'entreprise seront toutefois évoquées à plusieurs reprises au cours de la journée. D'une part, on note que le résultat du groupe EDF n'est atteint que du fait des excédents dégagés par les filiales RTE et ENEDIS, et d'autre part on note aussi l'impossibilité pour l'état de vendre RTE puisque l'entité constitue une provision d'actif en vue des démantèlements des centrales d'EDF. Ce dernier aspect provoque une confusion importante.

Les durées d'amortissement des réacteurs nucléaires étaient initialement de 30 années. EdF voudrait les étendre à 40, 50 et même 60 ans. Ceci permet de réduire chaque année cette charge dans les comptes mais EDF ne dispose de l'autorisation d'exploitation à 50 ans pour toutes les tranches du parc nucléaire de production électrique.

Voici un résumé de quelques uns des autres points évoqués durant la journée.

PPE et VD4

la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) en cours de mise au point en France cette année aura des conséquences sur l'organisation ou pas des 4ème visites décennales (VD4) des réacteurs nucléaires. C'est à l'issue de ces visites que l'autorité de sûreté nucléaire (ASN) autorise ou non l'exploitation d'un réacteur pour une nouvelle décennie.

La VD4 se distingue des précédentes car elle envisage l'utilisation d'un réacteur au-delà de la limite d'usure acceptable établie par les calculs de conception d'origine (30 ans). Plusieurs ONG rapportent que l'engagement d'une telle décision suppose l'organisation d'une enquête publique voire d'un débat public. Le gouvernement pourrait décider l'organisation d'une VD4 générique c'est à dire d'une étude préalable globale pour l'ensemble du parc. Etant donné que chaque réacteur présente des niveaux d'usure différent en fonction de son historique d'exploitation, une VD4 générique permet une approche transversale et aussi in fine l'établissement d'un ordre de fermeture des centrales.

Au sujet de la mise au point du PPE, RTE a soumis plusieurs scénarios de transition énergétique. Il semblerait que le gouvernement écarte a priori le scénario WATT qui n'envisage l'exploitation d'aucun réacteur nucléaire au-delà de 40 ans. Le ministre de la transition écologique et solidaire expliquait cet automne qu'il en résulterait une augmentation des émissions de CO2. Plusieurs participants à l'AG s'étonnent d'une telle prise de risque et rappellent que le bilan carbone de la France doit s'apprécier pour l'ensemble des secteurs d'activité et non pas sur le seul aspect de la production électrique. En effet, il n'est pas judicieux de s'efforcer à ce que le meilleur élève de la classe obtienne une note encore meilleur car le niveau global de l'ensemble risque alors d'être négligé. De fait, en 2017, le niveau global des émissions de CO2 en France est reparti à la hausse.

ANDRA et CIGEO

Pour mémoire, l'Andra est l'établissement public en charge de la gestion des déchets radioactifs et Cigeo est un projet de stockage industriel de ces déchets en couche géologique profonde sous le village de Bure dans la Meuse.

Maryse Arditi, représentante de France Nature Environnement, rappelle les termes des lois de 1991 et de 2006 qui imposent que la question des déchets soit étudiée selon trois filières : la transmutation, le stockage géologique profond ou bien l'entreposage pérenne.

Concernant le stockage géologique, la loi exige que 3 sites avec des géologies différentes soient étudiés afin de déterminer lequel est techniquement le plus propice. Aujourd'hui, pour le stockage des déchets hautement radioactifs à vie longue (HAVL) l'éventail des possibilités se réduit dangereusement. La transmutation est abandonnée, l'entreposage pérenne n'est pas étudié et le stockage géologique se réduit à l'étude d'un site unique.

Maryse Arditi insiste sur le niveau de risque important de rejet par la population qui pèse en général sur un projet dépourvu de solution alternative.

Selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le dossier CIGEO est recevable mais pas robuste, des études complémentaires sont nécessaires. L'IRSN a exclu du projet Cigeo les déchets conditionnés avec du bitume comme cela se faisait jusque 1990. Les "bitumes" présentent un risque trop important d'inflamation. Les déchets de moyenne activité à vie longue (MAVL) sont également exclus.

Jean-Claude Autret, représentant de l'association pour le contrôle de la radioactivité de l'ouest (ACRO) s'est rendu à Bure et a visité le chantier du laboratoire souterrain. Il rapporte avoir constaté avec les techniciens du groupe Eiffage présents sur place les déformations des galeries provoquées par les poussées géologiques horizontales ou verticales qui s'exercent dans le sol dans cette région. De plus, des mesures dynamiques indiquent un mouvement vertical quotidien du sol de l'ordre d'un mètre. Les ouvriers tunneliers confirment le caractère tendre des argilites qui composent la couche géologique dans laquelle s'inscrit le projet. Enfin, Jean-Claude Autret critique certains documents de communication de l'Andra représentant le projet Cigeo en augmentant au moins 10 fois l'échelle verticale par rapport à l'échelle horizontale. Cette représentation a tendance à montrer un petit projet loin sous terre alors qu'en réalité l'étendue du réseau des galeries de stockage prévu est de 5 km pour une profondeur de 500 m.

Il est probable que la contestation du projet Cigeo se poursuive et s'intensifie. Des Zadistes ont d'ores et déjà quitté le site de Notre-Dame-des-Landes en Loire Atlantique pour rejoindre celui de Bure.

Un projet analogue en Suède à Forsmark vient d'être rejeté par la cour environnementale par décision du 23 janvier 2018.

Malgré tout, il est probable aussi que l'Andra avec l'appui des exploitants de l'industrie nucléaire poursuive la pression pour que le projet Cigeo progresse. En effet, c'est aujourd'hui le seul en France à envisager une solution de traitement pour les déchets hautement radioactifs. Or, pour soumettre n'importe quel projet industriel à une enquête publique il est obligatoire de décrire les phases de démantèlement et d'élimination après exploitation. L'inquiétude des industriels est sérieuse, si Cigeo est abandonné, plus aucun nouveau projet d'exploitation nucléaire ne peut être envisagé.

Depuis la police a été envoyé sur le site (suite à une plainte de l’Andra et à une décision de justice d’évacuation). Les opposants au projet ont été expulsés, mais ils sont revenus très vite dans le bois convoité par l’Andra

EPR

Le chantier du troisième réacteur de Flamanville encore en cours après 11 ans de travaux et aujourd'hui 6 ans de retard, pourrait faire l'objet d'une autorisation de chargement de la part de l'autorité de sûreté nucléaire (ASN) malgré la qualité médiocre de certaines zones de l'acier du couvercle et du fond de la cuve. Un décret signé très discrètement et très opportunément au printemps 2015 est venu tordre la loi qui rendait impossible l'approbation de la cuve de l'EPR du fait de ses insuffisances. A ce sujet, le GSIEN énoncera une déclaration dans les mois qui viennent.

Raymond Sené, en janvier 2015, lançait à l'ouverture de l'AG : "Le GSIEN a 40 ans et sa présidente en a 80 !".

La longévité du combat est belle mais la tâche n'est cependant pas achevée.

Même s'il faut reconnaître qu'aujourd'hui l'industrie nucléaire n'a jamais été aussi faible en France et dans le monde, il convient pour chaque citoyen de redoubler de vigilance car les signaux inquiétants sont quant à eux en augmentation : fragilité économique des acteurs, recours massif à la sous-traitance et insuffisance des moyens de l'ASN.

Le GSIEN compte aujourd'hui quarante adhérents et la GAZETTE NUCLEAIRE est diffusée à 400 exemplaires.