Les derniers déboires du chantier EPR français
23 février 2018, En attendant la suite...

Avec la découverte de nouveaux défauts sur plusieurs éléments cruciaux, le chantier de notre EPR n’est pas près de toucher au but. Lancé en 2007, la fin du chantier était prévue pour 2012: Une petite merveille, livrable en cinq ans pour 3,3 milliards d’euros. Mais rapidement les problèmes s’accumulent, difficultés multiples, de fabrication, de construction, d’assemblage... Dix ans après son lancement, le coût du chantier a triplé et sa durée a doublé.

Début janvier 2018, EDF annonçait fièrement la fin des essais à froid, réalisés avec succès selon elle.

- Faux. Des lettres adressées à l’exploitant suite à 2 inspections de l’ASN (3 janvier 2018 et 23 janvier 2018) nous révèle au contraire qu’il y a eu des incidents pendant ces essais à froid, et que leur organisation laissait à désirer. D’ailleurs, l’Autorité de sûreté nucléaire aimerait bien qu’EDF la tienne un peu mieux informée du déroulement de ces essais de démarrage. L’ASN avait lors de ses vœux à la presse début 2018 évoqué un "calendrier tendu" confirmé par le PDG d’EDF, avec des essais à chaud en juillet et un démarrage fin décembre. Mais avec les nouvelles révélations sur la découverte de plusieurs anomalies affectant les soudures du circuit secondaire (33 sur 66 possibles seraient atteintes), sur les pompes de circuits de sauvegarde et les tuyauteries du circuit de refroidissement on peut légitimement supposer qu’encore une fois, EDF sera incapable de tenir les délais qu’elle se fixe.

D’autant que ce ne sont pas les seuls problèmes.

L’ASN a auditionné l’exploitant et le fabricant (Framatome, c’est- à-dire Areva NP) début février 2018. Interrogées sur les anomalies affectant les équipements sous pression nucléaires, EDF et Framatome ont aussi dû répondre de problèmes concernant les essais de démarrage du réacteur et l’instruction technique en cours liée à la demande d’autorisation de mise en service de l’installation. Les défauts sur les soudures des tuyauteries qui évacuent la vapeur sous pression vers la turbine posent de tels problèmes que l’Autorité va convoquer son groupe d’experts permanents pour les équipements sous pression nucléaire d’ici quelques mois.

En effet, ces tuyauteries sont classées comme équipements concernés par le principe dit «d’exclusion de rupture». Cette notion que nous avions découverte à l’occasion du débat public (janvier 2006) dans le dossier préliminaire de sûreté, est censée assurer que certains équipements ne doivent pas rompre (n’ont pas le droit de ...). Pour satisfaire ce diktat, ces pièces doivent remplir les exigences d’excellence de conception, de fabrication et de suivi en service. Et ce renforcement doit être suffisant pour considérer que la rupture de ces tuyauteries est extrêmement improbable, voire exclue ... au point que certains dispositifs anti-fouettement sont considérés comme inutiles, ce qui permettrait d’améliorer les contrôles en service. Or, ces exigences renforcées n’ont - semble-t-il - pas été spécifiées par le fabricant au sous-traitant en charge de la réalisation des soudures. Framatome en tant que fabricant est chargé de la conception, l’approvisionnement, la construction et la mise en service de la chaudière nucléaire. Même s’il confie une partie du travail à un sous-traitant, le fabricant reste responsable de la qualité et la conformité des pièces et des opérations.

Les récentes révélations concernent des anomalies sur 3 équipements distincts:

- des problèmes de conception des soudures du circuit où circule de la vapeur sous pression, le circuit secondaire, circuit classé en «exclusion de rupture»,

- des problèmes de fabrication sur des pompes équipant 2 systèmes de sauvegarde fondamentaux,

- et des problèmes de corrosion sur des tuyauteries du système de refroidissement, ces tuyaux étant tellement rouillés qu’ils ont des trous.

Tous ces problèmes sont très sérieux, et certains n’apparaissent pas pour la première fois! La corrosion des tuyauteries du système de refroidissement est même réapparue alors que le revêtement des tuyauteries avait été renforcé (réparations pas très efficaces semble-t-il)!

Et n’oublions pas que tous ces problèmes très sérieux sur des éléments fondamentaux pour la sûreté viennent se cumuler aux problèmes de la cuve. Rappelez vous la cuve de l’EPR, sujet qui agita experts et société civile de 2015 à 2017, depuis la découverte des défauts de fabrication de cette pièce qui sort de l’usine du Creusot. L’histoire ressemble fort à celle que l’on découvre aujourd’hui.

La communication d’EDF a fait des efforts de linguistique. Elle dénomme désormais ces canalisations vapeurs d’éléments «HAUTE QUALITÉ». Mais de quoi s’agit-il? C’est l’excellence de conception, de réalisation et de contrôle ... écrivent-ils. Mais c’est la définition de l’EXCLUSION DE RUPTURE

HAUTE QUALITÉ ne signifie pas que cela ne peut pas casser, alors qu’EXCLUSION DE RUPTURE est beaucoup plus engageante.

Nuance!!!!

On ne peut pas dire ... mais c’est beau la subtilité du langage. Cela justifie l’épreuve de français dans le concours d’entrée à Polytechnique.

Malgré tout ce que laisse entendre les services Communication d’EDF, les rebondissements de ce chantier ne sont pas terminés. Le 5 décembre 2017, 200 personnes ont dû évacuer le chantier de la salle des machines, l’air y étant devenu irrespirable en raison de fumées provoquées par le contact entre de l’huile et une source de chaleur.

Vu qu’il reste encore beaucoup à faire pour l’exploitant et le fabricant, selon l’ASN, on peut supposer que nous ne sommes pas à l’abri de nouveaux déboires. Cette accumulation d’écarts invraisemblables sur ce chantier nous semble démontrer l’incapacité de Framatome et d’EDF à conduire un chantier.