Explosion sur le site de MALVESI
envoi Dominique Boutin
02-10-2018

Si je comprends bien, ce ne sont pas des "colis" de déchets qui seraient "aptes" à rejoindre le grand bazar de stockage.... Donc, on ne peut que demander des précisions complémentaires ! OK

Le 02/10/2018 12:13, Maryse ARDITI a écrit

Les infos

j’ai expliqué à un journaliste ce qu’on a appris lors d’une réunion jeudi dernier je vous le redis ici avec un peu plus de détails,

Ce sont des fûts qui traînent sur le site depuis la fin des années 80.

il y 221 fûts répartis en 10 lots de tailles différentes

Ces fûts proviennent d’une usine qui a fermé et qui travaillait en partie pour des militaires (utilisation d’uranium appauvri pour percer les blindages) ;

ORANO est en train de nettoyer tout ce qui traîne sur le site

Ils veulent renvoyer ces fûts mais ne peuvent le faire que s’ils savent ce qu’il y a dedans donc ouverture des fûts, ils en ont déjà ouverts la moitié ;

Ils les ouvrent dans un sas étanche lui-même dans un bâtiment A l’ouverture du fût, il y a eu un bruit comme du gaz qui s’échappe suivi d’une détonation et d’un début d’incendie .

A part les deux personnes qui ont ouvert le fût, il y avait le pompier avec des sacs de sable pour éteindre tout début d’incendie.

Les 3 personnes ont été emmené à l’hôpital, le pompier est revenu dans la journée, les 2 autres personnes ont 2 jours et 3 jours d’ITT ;

L’inspecteur des installation classées est arrivé très vite sur le site et on a vu la photo du fût : il n’est pas déformé mais la partie haute et basse est noircie le fût n’a pas explosé ;

Comme il y a de l’uranium métal et que celui-ci est pyrophosphorique il a fallu un peu de temps pour que la température redescende d’où l’arrêté préfectoral et l’arrêt de ces manipulations tant qu’ORANO ne présente pas une nouvelle technique d’ouverture en toute sécurité (probablement dans une boite à gant), pas de contamination à l’extérieur ni dans le bâtiment et pas grand chose dans le sas étanche . Voila ce qu’on sait de source sûre (le directeur + l’inspecteur des IC).

ORANO ne communiquera plus car il y a ouverture d’une enquête judiciaire.

Une dernière info : le fût lui-même était de 50l calé dans un fut de 200 l , mais pas sur que tous les autres soient pareils.

2 Oct 2018, DominiqueBoutinboutin.dom@wanadoo.fr écrit :

A noter que c'est un copié collé de ce qui s'est passé au WIPP (USA) sauf que le fut a attendu d'être au fond pour s'ouvrir !

Qu'en sera-t-il à CIGEO ?....

La question quand même, est-ce que ce fut était un emballage définitif ou devait-il être repris ?


AVIS CRIIRAD
Bruno Chareyron@criirad.org

L’«incident » du 19 septembre 2018 sur le site de conversion d’uranium ORANO (ex-AREVA) de Malvesi concerne des matières radioactives

Le communiqué d’ORANO

ORANO (ex-AREVA) a mis en ligne sur son site (1) le 19 septembre 2018 un communiqué intitulé : « Départ de feu maîtrisé à l’intérieur d’un bâtiment d’entreposage ».

Le document indique :

« Ce jour à 11h20, un dégagement de fumée a été détecté à l’intérieur d’un bâtiment de vérification et de contrôle des matières du site de Malvési.

Les équipes d’intervention du site sont intervenues immédiatement appuyées par les pompiers de l’Aude pour circonscrire l’évènement conformément aux procédures.

Un fût d’entreposage contenant des oxydes métalliques issus de productions anciennes est à l’origine de cet évènement qui s’est produit à l’intérieur d’un sas de confinement.

2 opérateurs travaillant à proximité ont été légèrement blessés et ont été pris en charge par le service médical du site.

La zone a été sécurisée et la situation rapidement maîtrisée. La DREAL* a été informée et une analyse sera conduite pour établir les causes de ce départ de feu sans impact sur l’environnement et les populations. »

Un communiqué lénifiant

Le caractère lénifiant de ce communiqué mérite d’être dénoncé. Le texte d’ORANO ne précise pas :

* Que le « dégagement de fumée » fait suite en réalité à une «détonation » « au moment de l’ouverture d’un fût », c’est en tout cas ce qu’indique (2) la presse locale sur la base d’un communiqué de la préfecture.

* Que les «oxydes métalliques issus de productions anciennes» qui étaient contenus dans le fût, sont en réalité des matériaux radioactifs présentant une très forte radio toxicité par inhalation.

Ces oxydes métalliques contiennent nécessairement de l’uranium. Un métal radioactif. Rappelons qu’en 2004, la rupture de digue des bassins B1 et B2 du site AREVA de Malvesi, avait conduit au déversement dans la plaine de déchets radioactifs. AREVA avait évoqué «30 000 m3 de boues et solutions nitratées.» Mais les analyses effectuées par la CRIIRAD avaient révélé (3) qu’outre de l’uranium et certains de ses descendants très radiotoxiques (plomb 210, thorium 230), ces boues contenaient également du plutonium.

Dans le cas de l’ «incident » du 19 septembre, selon le journal « L’indépendant » la direction d’Orano Malvesi affirme que ces matières ne contiennent que de « très faibles quantités d’uranium appauvri ».

Rappelons que l’uranium appauvri présente une activité massique typique de l’ordre de 40 millions de Becquerels par kg. Il est à l’origine de l’émission de rayonnements gamma et de particules bêta et alpha, ces dernières étant les plus dangereuses en cas d’ingestion ou d’inhalation. S’il s’agit d’uranium appauvri issu du retraitement il peut contenir en outre des isotopes du plutonium.

Rappelons que la radioactivité des matériaux traités par l’usine de Malvesi est telle qu’elle est détectable au-delà des grillages de l’installation, comme la CRIIRAD l’a montré en 2006 (4) et rappelé lors de mesures effectuées en 2014 : le taux de radiation gamma était 18 fois supérieur à la normale devant la clôture(5) du parc à fûts.

Les zones d’ombre

La CRIIRAD attend d’ORANO et des autorités que toute la lumière soit faite sur cet « incident ». Elle invite les associations locales et les travailleurs à exiger que soient éclaircis les points suivants :

1. Quelle est l’origine et quelles sont les caractéristiques physico-chimiques et radiologiques exactes des matériaux contenus dans le fût ?

2. Quel mécanisme physico-chimique exact est à l’origine de la détonation ? Rappelons que l’uranium est un matériau pyrophorique et que les poudres d’uranium doivent être manipulées avec beaucoup de précautions.

3. Les deux (6) salariés blessés lors de l’ouverture du fût portaient-ils une combinaison étanche avec alimentation autonome en air ? Rappelons que les études de poste effectuées il y a plusieurs années, sur le site de Malvesi ont montré que le poste d’ouverture des futs était un de ceux qui présentait le plus de risque radiologique pour les opérateurs. 4. Quels moyens métrologiques ont été mis en œuvre pour vérifier le niveau de contamination alpha de leurs vêtements et quels sont les résultats de ces contrôles ? Rappelons que la détection d’une contamination par de l’uranium appauvri nécessite (7) des moyens de mesure adaptés. Les services de secours disposaient-ils de tels moyens ?

5. Quelles moyens métrologiques ont été mis en œuvre pour vérifier leur niveau de contamination interne compte tenu des risques d’inhalation de substances radiotoxiques (analyses d’urines, etc..)

6. Quel a été le niveau de contamination atmosphérique en émetteurs alpha du sas dans lequel a eu lieu l’incident ?

7. La surpression induite par la «détonation» et le «dégagement de fumées » ont-ils entraîné un rejet de polluants radioactifs et chimiques dans l’environnement ? De quelle intensité ?

8. Est-il exact qu’un incident similaire ce serait produit il y a moins de 2 semaines, comme le rapporte un anonyme sur son compte tweeter ?

9. Si l’ouverture d’un seul fût a de telles conséquences (détonations, dégagement de fumées), quelles seraient celles d’un accident grave (percussion par un camion, tir de roquette, chute d’avion) sur le parc à fût qui en contient probablement des milliers ?


notes

3 - Rapport CRIIRAD 06-86 : « impact radiologique de l’usine Comurhex (groupe AREVA) de Malvesi (Aude), remarques préliminaires », B. Chareyron, Nov 2006, voir extrait :
http://www.criirad.org/actualites/dossiers2006/comurhex/rapportcomurhex_criirad_3.pdf

4 - Voir rapport CRIIRAD 06-96 chapitre 2 :
http://www.criirad.org/actualites/dossiers2006/comurhex/rapportcomurhex_criirad_2.pdf

5 - Voir la video :
https://www.youtube.com/watch?v=Ay5-r9stF_s

6 - Il s’agirait selon le journal « l’indépendant » de 3 personnes : « deux opérateurs présents dans le sas au moment de l’incident et une troisième personne venue leur porter secours ».