Non, le nucléaire ne sauvera pas le climat !
Benjamin Dessus et Bernard Laponche
03/10/2018

Devant l’urgence climatique, l’énergie nucléaire est souvent évoquée en France, malgré les risques qui s’y attachent, comme une solution crédible au niveau mondial à la lutte contre le réchauffement climatique, à l’égal des économies d’énergie et des énergies renouvelables.

Aujourd’hui, la production d’origine nucléaire représente 10% de la production d’électricité mondiale (en régression de 7 points depuis 1996) à peine 2% de la consommation d’énergie finale, et ne permet d'éviter que 2,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre! L’âge moyen du parc mondial continue d’augmenter et atteint 30 ans en 2018. Pas étonnant puisque le nombre des débuts de construction de nouveaux réacteurs a chuté de 44 en 1976 à 15 en 2010 et 5 en 2017.

Alors que 260 milliards de dollars ont été investis au monde dans les filières photovoltaïque et l’éolien en 2017, dont les coûts d’investissement et de production décroissent de façon continue depuis une décennie, seuls 16 milliards l’ont été dans la filière nucléaire dont les coûts ont subi un facteur deux d’augmentation durant la même période (1). L’Agence Internationale de l’Energie Atomique ne s’y trompe d’ailleurs pas quand elle s’inquiète de la baisse prévisible de la participation du nucléaire au bilan énergétique mondial en 2030. Il est totalement invraisemblable de prétendre assurer à court et moyen terme (2030-2040) un développement mondial du nucléaire capable de sortir cette filière de la marginalité actuelle des émissions de gaz à effet de serre qu’elle évite.

Il faudrait en effet pour sortir de la marginalité climatique et atteindre des chiffres de l’ordre de 10% des émissions évitées, démarrer un nouveau réacteur chaque semaine, sans qu’on ait la moindre idée des pays susceptibles de les accueillir sur leur réseau, des pôles industriels à développer intensivement et de l’origine des sommes gigantesques à rassembler pour financer ces investissements à haut risque et à temps de retour de cinq ou six décennies.

Sans compter la multiplication exponentielle des risques d’accident majeur, l’accumulation de déchets à haute activité et très longue durée de vie dont personne ne sait que faire mais aussi les risques de prolifération vers les activités militaires que susciterait une dissémination trop rapide des technologies nucléaires dans des pays qui ne disposent ni de la stabilité politique, ni des infrastructures, ni de la culture de sûreté et de sécurité indispensables.

La France, dont les émissions de gaz à effet de serre, contrairement à ses propres engagements au titre de l‘accord de Paris, ont augmenté de 3% en 2017, devrait –elle échapper à cette analyse ? C’est la conviction que tentent de continuer à nous imposer l’industrie nucléaire, une bonne partie de la classe politique française, le gouvernement et la haute administration.

Les signaux d’alerte se multiplient pourtant dangereusement ; l’opérateur historique s’avère incapable de maîtriser techniquement et financièrement le chantier de l’EPR de Flamanville supposé préfigurer le parc nucléaire des années 2030. L’Autorité de Sûreté Nucléaire se voit contrainte d’accorder des dérogations injustifiables à EDF pour lui permettre la poursuite de sa construction, dont la mise en service recule d’année en année. Le devis du «grand carénage» indispensable à la mise aux normes de sûreté du parc français actuel pèse lourdement.

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