La G@zette Nucléaire sur le Net! 
N°133/134 mars 1994

Superphénix: la Supercherie

     La nouvelle est tombée pendant le bouclage de la Gazette. Le gouvernement donne son feu vert au redémarrage. Evidemment il y a des contorsions dans tous les sens et on tient compte du rapport de la DSIN. Mais cette expérience ratée va encore continuer. On peut toujours se dire que le ridicule ne tuant pas il va s'arrêter dès son redémarrage (c'est d'ailleurs prévu dans le communiqué). Il n'empêche, «jouer» avec un réacteur de cette taille est une décision qui peut être lourde de conséquences. Si on a vraiment besoin des RNR cela peut les tuer définitivement. Et si on a un incident jusqu'où ira-t-il?
Quand une expérience est ratée, quelque soit son prix il faut savoir s'arrêter.
     Il est clair que cette affaire Superphénix est loin d'être terminé, espérons pour les populations que cela ne se terminera pas par un grave incident.
     Pour juger vous avez les communiqués des associations, celui du ministère et le rapport de la DSIN. Je tiens à votre disposition les annexes du dit rapport si vous voulez tout savoir. Vous pouvez aussi les demander au ministère de l'Industrie.


Communiqué GSIEN à propos du redémarrage de Superphénix

Creys-Malville, la supercherie
23 février 1994

Superphénix est autorisé à redémarrer

     Le GSIEN s'élève vigoureusement à l'encontre d'une telle décision qui fait fi des réserves exprimées par la DSIN, autorité de sûreté et donc garante de cette sûreté.
     De la non-maîtrise des feux de sodium en passant par les multiples incidents dont il a été le siège, Superphénix est une machine chère, dangereuse et mal conçue.
     Il était et reste évident au GSIEN que ce réacteur devait être arrêté et démantelé au plus vite.
     Le tour de passe passe qui consiste à déclarer ce réacteur prototype pour la recherche et la démonstration serait le comble de l'humour noir s'il ne s'agissait d'un réacteur présentant de graves lacunes au plan de la sûreté et, donc de la sécurité des populations.
     Cette déclaration sera, de toute façon fausse car Superphénix va repartir avec son chargement d'origine et ne sera réacteur de recherche (???) qu'à partir de l'an 2000 s'il ne s'arrête pas avant pour panne grave.
     Belle façon de dissimuler les motifs du redémarrage de Superphénix, le parer des plumes de la recherche.
     Beau cadeau pour la recherche d'un objet aussi peu conçu pour en faire.
     Que sont devenues les ouvertures pour une expertise pluripartisme? Où se sont englouties les réserves du ministère de l'Environnement?
     Comment peut-on concevoir de demander à une firme privée de faire cadeau à la recherche de sa tête de série industrielle et en plus de lui faire établir le programme de recherche?
     Superphénix, réacteur de l'avenir? Ce réacteur dont la conception remonte aux années 70 est un raté technologique. Il faut savoir arrêter les expériences ratées et le gouvernement se serait honoré de le faire. Dommage!!
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


[1] Le Progrès du 28janvier 1994
[2] Le Progrès du 20janvier 1994.
suite:
«Les Européens contre Superphénix»
Communiqué de presse du 22.02.1994

Superphénix: un échec reconnu... l'expérience continue.
Le programme surgénérateur c'est fini...
mais Superphénix redémarre encore

     Tout en reconnaissant l'échec de la «tête de filière industrielle» du programme surgénérateur, le gouvernement de M. Balladur, qui comprend trois ministres issus de la région Rhônes-Alpes (MM. Barnier, Bosson et Carignon), annonce sa décision d'autoriser le redémarrage de Superphénix, à Creys-Malville (Isère).
     Il s'agit d'une tentative désespérée de reculer l'échéance inéluctable d'un arrêt définitif de cette installation.
     Cette décision constitue un passage en force
     - contre l'accord que nous avions obtenu officiellement pour une «expertise extérieure au système administratif actuel» le 16 décembre 1993, à l'Assemblée Nationale, de la part de l'Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques et de M. Lacoste, Chef de la Direction de la Sûreté des Installations Nucléaires (DSIN)
     - contre la promesse d'un débat sur l'énergie, sans cesse reporté, et qui devait inclure le débat sur le surgénérateur
     - contre l'évidence de l'échec de Superphénix qui n'a fonctionné que six mois en huit ans en subissant de nombreuses avaries graves, et l'aveu de M. Bergougnoux, Directeur général d'EDF, reconnaissant il y a un mois que «Superphénix est une erreur» [1]
     - contre les déclarations de M. Bosson qui, avant d'être Ministre, se déclarait officiellement opposé au redémarrage de Superphénix
     - contre les déclarations de M. Barnier qui déclarait il y a un mois «envisager toutes les hypothèses y compris la poursuite de l'interruption du fonctionnement» [2]
     - contre les nombreuses réserves émises par la DSIN et le Groupe Permanent Réacteurs
     - contre les 30.000 avis défavorables au redémarrage émis lors de l'«enquête publique» (96,4% d'avis défavorables)
     - contre les 150 scientifiques qui ont lancé en janvier 1994 un Appel à la raison: «il faut savoir terminer l'expérience Superphénix coûteuse, dangereuse et inutile».

p.5

     Le communiqué de presse du Premier Ministre reconnaît l'échec du prototype et constitue un exemple de double langage en parlant de la mise en place d'un contrôle scientifique «de haut niveau» (de quel niveau était-il avant) pour un hypothétique futur usage de Superphénix après l'an 2000. Superphénix ne peut pas redémarrer autrement que comme centrale nucléaire surgénératrice de plutonium et ce, pour la durée du coeur actuel et du suivant déjà construit. Il est donc faux d'oser affirmer que «Superphénix n'est plus une centrale nucléaire» (M. Barnier sic) et qu'il serait transformé en «centre de recherche et de démonstration».
     De fait, depuis 1987 et l'avarie très grave de la fuite de sodium du barillet, il n'est plus possible de donner la priorité à la production d'électricité pour un réacteur aussi aléatoire. Quant à l'usage en sous-générateur de Superphénix, seule illusion de sortie de ses promoteurs, les mêmes qui vantaient le surgénérateur, il ne peut intervenir qu'après l'an 2000... c'est ce que le gouvernement appelle «le plus rapidement possible».
     Il s'agit là de la préparation à la future nouvelle fuite en avant d'après l'an 2000 proposée par la NERSA (société européenne). EDF et le CEA pour faire une expérience dans l'expérience: le 3ème coeur ne serait sous-générateur que de 100 kilos de plutonium par an pour 5 tonnes de plutonium dans le coeur et 10 tonnes produites chaque année par le parc de réacteurs; le test de la transmutation des actinides ne pourrait porter que sur quelques grammes alors que le parc en produit 1 tonne par an et que Superphénix en a déjà produit plusieurs centaines de kilos.
     Pour le porte-parole des «Européens contre Superphénix»:
«Dans la région Rhône-Alpes qui est la plus densément nucléarisée du monde, c'est comme si trois Ministres de la région avait été radioactivés. Nous portons tous nos espoirs sur la population pour qu'elle s'associe à nos actions et à notre marche, et nous ne doutons pas que le Conseil d'Etat annulera pour illégalité ce nouveau décret de redémarrage comme il l'a déjà fait en 1991 pour le précédent décret de redémarrage du 12 janvier 1989, qu'avait aussi signé le Ministre de l'Environnement de l'époque».
     Il est temps, en cette période de déclaration d'impôts, de mettre fin au gaspillage financier de ce programme qui prévoyait 20 surgénérateurs en l'an 2000 et favorise la prolifération du plutonium.
     Avec 250 mouvements associés, «Les Européens contre Superphénix» organisent une marche de Malville (le 9 avril 1994) à Matignon (le 8 mai 1994), pour demander l'arrêt définitif de Superphénix et l'engagement d'un réel débat sur les alternatives énergétiques.
     «Les Européens contre Superphénix» sont prêts à engager, devant le Conseil d'Etat, des recours en annulation du décret d'autorisation de création et du décret d'autorisation de redémarrage de Superphénix.
Raymond AVRILLIER
Porte-parole
     «Les Européens contre Superphénix». Ce comité est soutenu par 250 mouvements à travers l'Europe. Coordination assurée par:
     Comité Malville, Contact : Thierry Girardot, 4 rue Bodin, 69001 Lyon. Tél: (33)78.28.29.22. Fax : (33)72.07.70.04
     Contratom (Genève, Suisse), Contact : Olivier De Marcellus, Case Postale 65, CH 1211, Genève 8 (Suisse). Tél : (41) 22.781.48.44. Fax : (41)22.320.45.67
     Frapna (Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature), Contact : Vincent Fristot, 5 place Bir Hakeim, 38000 Grenoble. Tél: (33)76.42.64.08. Fax: (33)76.44.63.36
     Greenpeace, Contact: Jean-Luc Thierrv, 28 rue des Petites Fcuries, 75010 Paris. Tél: (33-1)47.70.46.89. Fax : (33-1)47.70.46.91
     GSIEN (Groupement de Scientifiques pour l'Information sur l'Energie Nucléaire), 2 rue François Villon, 91400 Orsay. Tél : (33-1) 60.10.03.49. Contact Isère : Raymond Avrillier. Tél : (33) 76.76.38.89. Fax : (33) 76.76.39.75
     WWF (Fonds Mondial pour la Nature) Lombardie (Italie), Contact: Marco Viviani, Via Donatello 5/b, Milano t (Italie). Fax : (39) 2.29.40.49.03.
suite:
Communiqué gouvernemental sur Creys-MaIviIIe

Creys-Malville:
un réacteur prototype pour la recherche et la démonstration

     Le Gouvernement décide que Superphénix ne sera plus exploité comme une centrale nucléaire mais deviendra un réacteur consacré à la recherche et à la démonstration.
     Ce réacteur s'insèrera dans l'effort de maîtrise de la filière nucléaire. La recherche sur l'utilisation du plutonium ainsi que, dans le cadre de la loi du 30 décembre 1991 relative à la gestion des déchets radioactifs, la réduction des déchets radioactifs à longue durée de vie issus du retraitement des combustibles des réacteurs nucléaires, constituent deux objectifs prioritaires. Superphénix apportera de plus une contribution essentielle à la définition de réacteurs du futur destinés à brûler une plus grande partie de l'uranium naturel qui n'est aujourd'hui utilisé qu'à proportion de l'ordre de 1%.
     Le réacteur évoluera le plus rapidement possible vers la sous-génération afin de limiter les quantités de plutonium produites.
     En matière de sûreté, le Gouvernement a pris acte des conclusions de l'autorité de sûreté qui considère que le redémarrage de Superphénix peut être autorisé moyennant les
conditions suivantes:
     - le bon achèvement des travaux de lutte contre les feux de sodium doit être constaté;
     - le redémarragé doit être progressif par paliers;
     - la production d'électricité ne doit pas être un objectif premier;
     - du fait de son caractère de prototype, le fonctionnement de Superphénix pourrait être suspendu.

Un programme de recherche
soumis à un contrôle scientifique de haut niveau

     Un comité directeur réunissant NERSA, EDF et le CEA devra présenter un programme d'acquisition de connaissances tenant compte des nouvelles orientations données à Superphémx.
     Sur la proposition du Ministre de la Recherche, ce programme sera évalué par deux personnalités scientifiques, MM. Dautray et Detraz.
     La mise en oeuvre du programme sera suivie par une commission scientifique particulière. Cette commission scientifique remettra chaque année à la Commission Nationale d'Evaluation instituée par la loi du 30 décembre 1991, un rapport sur les expériences menées dans le domaine de la réduction des déchets à longue durée de vie.
     Les expériences devront avoir reçu l'autorisation préalable de la Direction de la Sûreté des Installations Nucléaires. Le comité directeur rendra compte chaque semestre aux Ministres chargés de la Recherche, de l'Industrie et de l'Environnement du calendrier prévisionnel, du déroulement et des difficultés
éventuelles de ce programme d'acquisition de connaissances.
     EDF ne sera pas autorisé à donner des consignes de niveau de puissance de fonctionnement à Superphénix, afin de laisser toutes latitudes au déroulement du programme d'acquisition de connaissances.
     Compte tenu des nouvelles orientations données à Superphénix qui seront reprises dans le décret d'autorisation, le gouvernement décide de poursuivre la procédure administrative.
     Le redémarrage effectif ne sera autorisé qu'une fois le programme d'acquisition de connaissances approuvé.
 

p.6

RAPPORT
à Monsieur le Ministre de l'industrie, des Postes et Télécommunications
et du Commerce Extérieur
et Monsieur le Ministre de l'Environnement
     Objet: Sûreté du réacteur Superphénix.

1) Etat de la procédure
     Le réacteur Superphénix est arrêté depuis le 3 juillet1990, à la suite d'un incident. Il a fait l'objet d'un premier réexamen de sûreté qui a conduit ma direction à vous remettre un rapport le 16 juin 1992.
     Sur la base de ce rapport, le gouvernement a décidé de soumettre le redémarrage de l'installation à la réalisation de travaux d'amélioration de la sûreté, essentiellement destinés à lutter contre les feux de sodium. Il est prévu que ces travaux se terminent dans le deuxième trimestre 1994.
     Par ailleurs, la décision du gouvernement impliquait un maintien à l'arrêt du réacteur pendant plus de 2 ans et donc, en application de la réglementation, une reprise complète de la procédure d'autorisation de création. Celle-ci prévoit l'élaboration d'un décret après enquête publique et instruction de sûreté.
     Le rapport de la Commission d'enquête publique a été remis le 29 septembre 1993. Il conclut en faveur du renouvellement de l'autorisation du réacteur, sous réserve des conclusions de l'instruction de sûreté menée par ma direction.
     Cette instruction a pris en compte les dossiers transmis par l'exploitant à l'appui de sa demande de renouvellement d'autorisation du 27 octobre 1992, les questions relatives à la sûreté issues de l'enquête publique, ainsi que divers rapports et documents qui m'ont été fournis. L'ensemble de ces éléments a été analysé par l'Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire (IPSN), et le groupe permanent d'experts chargé des réacteurs m'a donné son avis le 23 décembre 1993, à l'issue des réunions tenues les 8 juillet, 30 septembre, et 9, l0 et 15 décembre1993.

2) Rappel des conclusions du rapport de la DSIN du 16 juin 1992
     Ce rapport, sans ses annexes, est joint en annexe 3. Ses conclusions générales sont les suivantes:
     «En conclusion, pour la direction de la sûreté des installations nucléaires, le redémarrage du réacteur peut être autorisé sous réserve de la mise en oeuvre de l'ensemble des précautions et limitations supplémentaires décrites ci-dessus. Cette autorisation ne peut couvrir que le fonctionnement à court terme du réacteur, dans l'attente de progrès significatifs sur les questions soulevées à plus long terme. Aussi, l'avancement des études et le déroulement de l'exploitation devraient faire l'objet d'une évaluation permanente permettant d'ajuster en tant que de besoin les dispositions prises. Une nouvelle autorisation devrait en tout état de cause être prévue pour mai 1994. Elle pourrait coïncider avec l'autorisation de «mise en service» prévue par l'article 4-III du décret du 11 décembre 1963 modifié».
     Ces conclusions supposaient donc qu'un certain nombre de conditions soient remplies en complément des dispositions déjà prévues par l'exploitant. Ces conditions portaient principalement sur la limitation de la puissance du réacteur à son redémarrage, et sur l'amélioration des dispositions prises afin de limiter les conséquences des feux de sodium.

3) Les conditions de sûreté d'un éventuel redémarrage
     Sur les conditions de sûreté d'un éventuel redémarrage du réacteur Superphénix, mes conclusions, en ligne avec le rapport du 16juin 1992, sont les suivantes:
     a) - globalement, et sous réserve du bon achèvement des travaux de lutte contre les feux de sodium actuellement en cours, le niveau de sûreté de l'installation est cohérent avec celui des réacteurs à eau sous pression qui constituent l'essentiel du parc nucléaire français;
     b) - Superphénix, premier réacteur à neutrons rapides de taille industrielle dans le monde, reste un prototype, ce qui a trois conséquences:
     ï des analyses approfondies devront être menées, dans certains cas réacteur à l'arrêt, pour traiter les nouveaux incidents qui se produiront très vraisemblablement. Ces incidents devraient être sans conséquences importantes ou directes sur la sûreté;

suite:
     ï les conditions d'exploitation de Superphénix devront explicitement privilégier, d'une part la sûreté, et d'autre part l'acquisition de connaissances en vue de préparer une éventuelle future génération améliorée de réacteurs à neutrons rapides. La production d'électricité ne doit donc pas être un objectif premier;
     ï un effort important doit être engagé afin d'améliorer à terme l'inspectabilité des composants de Superphénix. Ce réacteur est encore relativement jeune. A moyen terme, dans quelques années, il faudra disposer des méthodes nécessaires pour contrôler et suivre en service son vieillissement. Il est clair à mes yeux qu'une éventuelle future génération de réacteurs à neutrons rapides devrait, sur ce point, être conçue différemment de Superphénix, en profitant, là comme ailleurs, de l'expérience acquise en France et dans le monde.

4) L'utilisation de Superphénix en sous-générateur ou incinérateur
     Aux yeux de ses promoteurs, Superphénix doit permettre, en accumulant des heures de fonctionnement, de préparer une génération future de réacteurs à neutrons rapides, capable à la fois de:
      - produire de l'électricité;
      - réguler les flux et les stocks de plutonium et détruire certains déchets, tels que des actinides mineurs.
     Ces idées s'inscrivent dans la stratégie mise en oeuvre en France dans le domaine du cycle du combustible, sur laquelle j'estime ne pas avoir à prendre parti dans le présent rapport.
     De fait, NERSA a prévu dans le dossier soumis à enquête publique la possibilité d'exploiter le réacteur de façon à détruire du plutonium et des actinides mineurs.
     Deux remarques s'imposent:
     - de tels modes de fonctionnement ne sont pas envisagés par l'exploitant dans l'immédiat. Leur mise en oeuvre effective ne pourrait intervenir au plus tôt qu'en 1998 lors du chargement d'un troisième coeur conçu à cet effet;
     - alors que Superphénix, en tant que réacteur de puissance, est un prototype de taille industrielle, la faiblesse des quantités de plutonium et d'actinides qu'il serait susceptible de détruire lui donne plutôt, dans le domaine de l'incinération, la capacité de traitement d'un réacteur d'expérimentation et de test.
     L'analyse des dossiers justificatifs de ces nouveaux modes de fonctionnement n'a pas mis en évidence de difficultés particulières au plan de la sûreté. Toutefois, ces dossiers restent préliminaires et ne sauraient constituer une réelle démonstration de sûreté.
     La mise en oeuvre effective de ces nouveaux modes de fonctionnement devra donc être soumise à une nouvelle analyse de sûreté conduite par ma direction, puis à une décision ministérielle.
     5) Conclusion
     J'estime en conclusion que, du point de vue de la sûreté, le redémarrage du réacteur Superphénix peut être autorisé.
     Les conditions suivantes devraient être imposées à ce redémarrage:
     - le bon achèvement des travaux de lutte contre les feux de sodium demandés par ma direction devra avoir été constaté;
     - le réacteur devra fonctionner à puissance limitée pendant quelques mois afin de valider les mesures d'amélioration des conditions d'exploitation proposées par l'exploitant à la suite de l'incident de pollution du sodium de juin et juillet 1990.
     Cette conclusion s'applique au mode de fonctionnement actuel du réacteur. Si, à terme, son utilisation comme sous-générateur ou incinérateur est envisagée, une nouvelle analyse de sureté conduite par ma direction, puis une décision ministérielle seront nécessaires.
     Le présent avis s'inscrit dans la procédure définie à l'article 3 du décret no 631228 du 11 décembre 1963 modifié. La suite de cette procédure prévoit que la Commission Interministénelle des Installations Nucléaires de Base (C.I.I.N.B.) soit saisie, pour avis, d'un projet de décret d'autorisation de création de l'installation. J'attends vos instructions avant d'engager cette démarche.

A.C. LACOSTE
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Prise de position sur Superphénix
Monsieur François Fillon
Minitre
Ministère de l'Enseignement Supérieur
et de la Recherche
1, rue Descartes
75231 Paris Cedex 05
     Monsieur le Ministre,
     Je vous prie de bien vouloir excuser ces remarques, que personne ne m'a demandées, à propos de l'utilisation future du réacteur a neutrons rapides de Creys-Malville.
     En tant que physicien, j'ai essayé de comprendre l'avenir des techniques de transmutation nucléaire pour le traitement des déchets nucléaires à longue durée de vie. Il y a le projet de Los Alamos d'utiliser des réacteurs nucléaires à neutrons lents, utilisant la spallation de neutrons, et maintenant le projet français d'utilisation de réacteurs à neutrons rapides.
     J'ai appris cela dans la presse française à la fin de l'année dernière et les services du Ministère de votre prédécesseur, M.H. Curien, m'ont aimablement fourni la copie de la proposition, préparée à la demande du Premier Ministre, d'utiliser les Phénix et Superphénix afin d'expérimenter ces techniques. A cette occasion, je voudrais dire combien j'ai apprécié à la fois le fait que le rapport m'ait été communiqué et également le niveau de réflexion et d'ouverture du rapport.
     En essayant de comprendre les mérites de chacun de ces projets, je suis arrivé à la conclusion qu'ils conduisent tous deux à des impasses, proposées par les orgnaismes existants pour s'auto-perpétuer, plutôt qu'à de réelles solutions au problème.
     Mes hésitations concernant le projet à neutrons rapides comportent deux aspects: d'une part une réserve générale, d'autre part un certain scepticisme sur l'utilisation de Creys-Malville.
     Les critiques générales sont les suivantes:
     1) Coût. Même si la méthode se révélait utilisable, elle nécessiterait, comme le remarque le rapport Curien, un parc considérable de réacteurs à neutrons rapides: un pour trois à quatre réacteurs classiques. Etant donné le coût relativement
élevé de ces réacteurs, il est difficile d'imaginer que cela puisse être considéré comme une solution acceptable.
     2) Stock de plutonium. Comme le rapport Curien le souligne, le stock de plutonium dans le cycle serait de 300 tonnes à tout instant, pour le niveau actuel de production d'électricité nucléaire. C'est une quantité inquiétante d'un matériel dangereux qu'il faut constamment contrôler, stocker et garder contre d'éventuels proliférateurs d'armes nucléaires.
suite:
     3) La méthode génère ses propres déchets. Une quantité importante de retraitement serait nécessaire, produisant ses propres déchets nucléaires. Le stockage à long terme des déchets resterait nécessaire. Il n'est pas évident, d'après le rapport Curien, que le problème des déchets nucléaires résiduels serait significativement moindre qu'il ne l'est actuellement.
     Les problèmes particuliers à Superphénix sont les suivants:
     1) Sécurité. Il y a déjà eu plusieurs problèmes de sécurité. Les modifications nécessitées par les fissures du barillet rendent encore plus difficile le chargement du combustible.
     2) Un outil de recherche mal adapté. Ceci est partiellement relié à ma remarque précédente. Le long intervalle de temps entre les opérations de chargement de combustible limite les possibilités de test des différents scénarios d'incinération. D'autre part, Creys-Malville a été conçu pour produire du plutonium et de l'électricité. Il n'est probablement pas l'instrument idéal pour expérimenter les problèmes d'incinération.
     4) Pourquoi Superphénix maintenant? La motivation économique originelle a changé depuis sa conception, avec la chute des prix de l'uranium enrichi et, maintenant, le surplus d'uranium enrichi dû aux réductions d'armement nucléaire par les USA et l'ex-URSS. La poursuite du projet, malgré cette situation, sera onéreuse et n'apportera vraisemblablement à la France, ni retombées technologiques, ni contribution à la production d'énergie à moyen terme.
     5) Relations publiques. Superphénix est ressenti dans la région environnante comme une menace dangereuse, en raison du risque d'accident grave. Cette crainte, à mon avis, n'est pas sans fondement. Pourquoi alors continuer dans la mesure où rien ne l'impose? Je suis donc persuadé que la continuation du projet Superphénix, pour étudier soit la surgénération soit l'incinération de déchets nucléaires, n'est pas l'intérêt du gouvernement français et que ce dernier serait mieux servi en arrêtant le projet maintenant. Je suis sûr que Superphénix a été utile, que de nombreuses leçons ont été tirées de cette expérience, mais que le temps est venu d'arrêter ce projet.
     Je réitère l'espoir que je serai excusé de la liberté que j'ai prise d'attirer votre attention sur ce problème et je souhaite ajouter que je me tiens à votre disposition si ma contribution pouvait être de quelque utilité à vos services.
     Je vous prie d'agréer, M. le Ministre, l'assurance de ma haute considération.
Jack STEINBERGER
Prix Nobel de Physique
p.8

Contre Superphénix - Pour son arrêt et pour notre avenir
Marche Malville Matignon
9 avril 1994-8 mai 1994

Si vous voulez vous inscrire à cette marche,
Si vous voulez participer aux autres taches,

Prenez contact avec «Les Européens contre Superphénix», 4 rue Bodin, 69001 Lyon
Téléphone: (33)78 28 29 22 - Fax: (33) 72 07 70 04

Quelques rendez-vous

Samedi 9 avril: vers 14 h départ de la marche de Mépieu vers Morestel, arrivée 18 h.
Samedi 16avril: Limonest (10h) - Mont Verdun- Conseil Régional (14 h) - NERSA (Lyon).
Samedi 23 avril: Action à Fessenheim (9h) - Kelh (Allemagne, 16 h) - Parlement Européen.
Mardi 26 avril: anniversaire de Tchernobyl - action à la centrale de Nogent/Seine à partir de 12h.
Dimanche 8 mai: Paris, Cité des Sciences à Matignon.
Rassemblement à partir de 14 h.
suite:
Colloque
Les stratégies énergétiques entre risques nucléaire et effet de serre
Salle Clémenceau au Sénat - Palais du Luxembourg - Paris
Les 8, 9, 10 avril1994

Un collectif d'associations s'unit pour lancer un débat sur la politique énergétique en guise d'introduction au débat
qui doit se tenir à l'automne au Parlement et au Sénat.

Inscription: INESTENE - Nathaly Dubuis, 8 rue Buot - 75013 Paris.
Tél:(33)1 45 65 08 08-fax:(33)1 45 89 73 57

PROGRAMME:

Vendredi 8avril (matin): Les politiques énergétiques.
     Cette première séance consiste à confronter les politiques énergétiques et les grands enjeux énergétiques. Quelles sont les grandes échéances? Comment les politiques actuelles prennent- elles en compte les risques? Quel éventail de choix apparait? Vendredi 8avril (après-midi): Impact sur l'environnement des politiques de l'énergie.
     L'objectif ne sera pas de recenser les impacts sur l'environnement mais plutôt d'en apprécier les effets sur les politiques énergétiques. Comment prendre en compte l'effet de serre? Comment intégrer les coûts du risques et les effets à long terme? Quels choix peuvent permettre une augmentation des consommations des pays du Sud sans aggraver les impacts sur l'environnement?
Samedi 9 avril (matin): Les actions de maîtrise de l'énergie et de l'électricité; Le développement des énergies renouvelables ; L'efficacité énergétique; La production électrique.
Samedi 9 avnl (après-midi): Exercices de sortie du nucléaire.
     Cette séance sera consacrée aux scénarios d'évolution dans les vingt années à venir en confrontant les choix faits concernant le recours au nucléaire, les impacts sur l'environnement en fonction des contraintes économiques.
Dimanche 10avril (matin): Tables rondes.
     1ère - Hiérarchisation des choix. Quelles conclusions les responsables politiques tirent-ils des débats? Comment s'engage le débat au niveau régional, national, puis au Parlement?
     2ème - Participation des pouvoirs publics, des acteurs économiques et des consommateurs. Quels rôles réciproques entre les Etats, le marché et les producteurs d'énergie?

p.9

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