Commentaire GSIEN de Rayond Sené & Jean-Claude sur les SMR2 (?)

Quelle emphase, le texte est dithyrambique. Laissons le ton de côté pour nous pencher sur quelques-unes des affirmations et hypothèses développées :

La présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (la CCSN) présente son organisme comme « organisme de réglementation fondé sur la science », dont le « travail consiste à protéger les gens et l’environnement des risques, et non des progrès. », ..., « qui s'assure d’avoir accès aux bonnes personnes, qui possèdent les compétences appropriées »...

Nous pensons que la science est ce qu'elle est en fonction des connaissances du moment qui sont obtenues selon les budgets accordés aux recherches nécessaires à leur production.

Or, l'examen des situations (dans et hors secteur nucléaire) montre par ailleurs, car il serait osé de classer l'économie dans les sciences, qu'une priorité financière existe selon les axes de recherches poursuivis sur un même thème. Dans le domaine nucléaire, il est facile de constater que les budgets alloués au développement des activités sont de loin supérieur à ceux attribués aux recherches sur les déboires liés à ce développement.

On peut inclure à ce constat certains volets économiques qui, à ce stade, masquent des coûts délicats à chiffrer (cf rapports de la cour des comptes française sur la « gestion » des déchets, les provisions à réserver pour le démantèlement des installations, sans parler des conséquences d'un accident...). Il est à craindre, qu'en France, qu'une bonne partie de ces coûts soit réorientée vers le contribuable au profit de la chaîne production-distribution-consommation d'électricité qui verrait ses charges baisser en maintenant l'illusion d'un faible coût de l'énergie atomique.

Les « bonnes personnes » qui possèdent les compétences appropriées seraient-elles des scientifiques ou des experts ? Il est à craindre que ces derniers soient comme la plupart d'entre nous des personnes sensibles à :

- la notoriété,

- une rémunération substantielle de leurs activités professionnelles,

- la reconnaissance et de plus, pour les chercheurs, la publication de leurs travaux et l'obtention de bourses prestigieuses...

Il semble que dans le secteur nucléaire il soit plus facile de « réussir » une carrière quand on se situe du côté du manche qu'en déployant un regard critique sur les activités.

Pour conclure sur les aspects scientifiques, le cap à suivre doit rester celui donné par la démarche scientifique, basée sur ses principes fondamentaux que sont l'assurance du doute et son corollaire, la conservation à l'esprit des questions y compris quand des « solutions » semblent avoir été trouvées. Le tout en conservant un regard curieux sur le contexte dans lequel s'inscrit l'objet d'étude qui est proposé.

Revenons aux SMR/PRM objet de l'article.

Depuis, l'agitation va bon train dans les esprits confinés du moment. L'exemple ci-dessous, en lien avec l'article de février, n'en est qu'un dans une longue liste qui s'élabore en coulisses...

Article New nuclear 06 octobre 2020 : « OPG advances towards SMR deployment »

Ontario Power Generation a annoncé aujourd'hui son intention d'ouvrir la voie au déploiement de petits réacteurs modulaires en faisant progresser les travaux d'ingénierie et de conception avec trois développeurs de SMR à l'échelle du réseau : GE Hitachi, Terrestrial Energy et X-energy. «OPG » s'appuie sur plus de 50 ans d'expérience nucléaire pour soutenir le développement de la technologie nucléaire sans carbone. Notre travail avec ces trois développeurs, ainsi que notre partenariat avec Global First Power et son projet SMR pour répondre aux besoins énergétiques à distance, démontre le caractère unique d'OPG position pour devenir un chef de file mondial des SMR », a déclaré le président et chef de la direction d'OPG, Ken Hartwick. "Les PRM joueront un rôle clé en aidant à revigorer l'économie de l'Ontario et en soutenant davantage la province et le Canada alors qu'ils s'efforcent d'atteindre leurs objectifs en matière de changement climatique d'électricité zéro émission."

Les « projets » foisonnent aussi chez Rolls-Royce, Rosatom, et autres industriels du secteur pour en installer en Turquie, Estonie, ...

En France nous ne sommes pas en reste selon un article du journal l'Opinion du 24 septembre 2020 qui évoque budgets de relance et projets liés à la production d'hydrogène :

« Le gouvernement a récemment dévoilé le montant du plan de relance consacré au développement de la filière industrielle de production d’hydrogène décarboné, dit « vert ». Doté de 7 milliards d’euros, il est supposé soutenir l’investissement dans la recherche et l’appui aux entreprises suffisamment capables et innovantes pour relever ce défi éminemment stratégique. Dans le cadre de France Relance, une première tranche de 2 milliards d’euros sera consacrée à cet objectif pour la période 2020-2022. »

... [avec, après une critique des possibilités, Les, La solution(s) la(es) plus prometteuse(s) !]

« La thermolyse, enfin, consiste à générer à partir de 850°C, la réaction complète se déroulant vers 2700°C, une réaction chimique qui conduit à la séparation de l’hydrogène et de l’oxygène de la molécule d’eau (H2O). Les réacteurs à très haute température, qui font partie des pistes prometteuses de la 4e génération définie par le Forum international Génération IV dont la France est membre, sont très utiles pour produire cette thermolyse. Les réacteurs de ce type, avec une puissance de 600MW, sont trois fois plus petits que l’EPR de Flamanville et pourraient être uniquement consacrés à la production d’hydrogène. »

Le choix technique des méthodes de production n’est donc pas anodin !

« L’idée la plus logique et prometteuse serait de développer le projet ANTARES, projet de réacteur à neutrons thermiques à haute température, porté par le CEA et ORANO, en créant des réacteurs de petite taille et puissance de l’ordre de 60MW. L’avantage des petits réacteurs vient essentiellement de la baisse des coûts d’investissement et des coûts de génie civil du fait de leur dimension. De plus, la sûreté nucléaire est aussi assurée en partie grâce à la modestie de la taille car elle implique celle de la quantité du combustible.

Exportation. L’objectif est ainsi d’obtenir un réacteur dédié à la production d’hydrogène, extrêmement sécurisé de par sa conception et facile à construire. Autre enjeu et non des moindres, son exportation. »

Rappelons à ce stade que ces « nouvelles » technologies remontent en fait aux années 1970-1980.

V. Nesterenko, scientifique Biélorusse jadis employé par le secteur militaire soviétique avant de se consacrer aux populations ayant subi de près les conséquences de l'accident du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl, avait participé à la mise au point et au développement d'un prototype de SMR/PRM. La centrale Pamyr était un petit réacteur modulable manufacturé et transportable à peu près n'importe où sur la planète par une petite dizaine de camions ou de gros porteurs aériens. Ce puzzle de réacteur pouvait être assemblé et mis en fonctionnement en très peu de temps. Il semble que la Russie ait à ce jour achevé de gréer un navire avec un réacteur semblable embarqué dans le but d'alimenter certaines régions reculées en énergie (chaleur et électricité).

Plus près de nous, on peut citer le projet « thermos », réacteur conçu pour produire de la chaleur, qui était dans les cartons du CEA dans les mêmes années. Il semble que la ville de Grenoble, quand elle fut administrée par un maire (ancien ingénieur issu de ce même CEA) ait été candidate à son installation pour l'installation d'un système de chauffage collectif. L'inconvénient principal d'un tel système tient au fait des arrêts de tranche pour rechargement, maintenance ou gestion d'incident qui auraient pour effet de couper le chauffage. Il aurait fallu construire au moins deux spécimens pour palier l'intermittence de production électrique nucléaire !

Notons aussi que ces petits réacteurs ressemblent aux réacteurs de recherche mis en ouvre dès le début des travaux sur la fission de l'atome. (cf Rapport com énergie 7è plan sur essais réacteurs 17 MW aux USA).

Enfin, ayant bénéficié d'un développement en nombre, citons les réacteurs des navires (sous-marins et porte-avions) qui sont équipés de modules semblables pour leur propulsion.

En allant plus loin dans le petit, nous pouvons évoquer les micro réacteurs qui ont équipé certains de nos satellites spatiaux pour alimenter leurs appareillages sur de longues durées.

La miniaturisation ne connaissant pas de limites, il fût envisagé dans ces mêmes années d'équiper les logements avec des nano-réacteurs pour assurer les besoins de chauffage.

On a déjà eu, dans le temps, les PMR. … Pico, si on veut !!! les alimentations des Pace Maker au Pu 238. 

Voilà quelques éléments pour restituer de façon non exhaustive à la liste les modèles historiques qui furent projetés sinon réalisés.

La mariée est très belle décrite selon la CCSN et serait LA solution incontournable pour lutter contre le réchauffement climatique. On peut même lister en plus que le couplage « Chauffage-électricité » permettra d'améliorer sensiblement le rendement de Carnot qui, hors polémique sur la production de gaz à effet de serre par le nucléaire, conduit nos centrales actuelles à chauffer directement la « serre » en question. Le rendement thermique des centrales n'est en effet au mieux que de 33 % environ, ce qui amène pour un réacteur de 1000 MWe à un rejet thermique de 2000 MW. La solution avait été mise en œuvre à Tchernobyl et les réacteurs chauffaient la ville de Pripyat avec un réseau de chaleur ! Ce type de « solution » présente aussi l'avantage de minimiser les effets d'intermittence du nucléaire liée aux arrêts de tranche ou arrêts d'urgence susceptibles d'occasionner les coupures de chauffage et/ou d'électricité. La construction de plusieurs petites unités permettrait en cas d'arrêt de prendre le relais avec le réacteur en rabe.

Certains problèmes dérangeants et néanmoins incontournables seraient-ils masqués derrière ce texte dithyrambique ? Nous pouvons d'ores et déjà en lister quelques-uns :

- les déchets radioactifs qui restent obstinément sans solution à la lumière des cent pour cent d'échec de celles qui furent testée. Les coûts estimés de la future « gestion » pour atténuer les conséquences de ces échecs se présentent comme exorbitants. Ces déchets, comme d'ailleurs la production de chaleur et/ou d'électricité sont liés au nombre de fissions atomiques. Ces paramètres sont connus et la taille du réacteur n'influe pas sur la proportion et donc la quantité globale produite in fine. Rappelons ici qu'il en ira de même pour les rejets des installations.

- Les pépins qui s'ils semblent être limités par la taille des réacteurs, risquent d'être plus « dramatiques » si, selon toute logique, la production de chaleur nécessitera leur implantation à proximité des centres urbains. Cela nous ramène à la chanson de Boris Vian : [citation à reprendre dans « la saga des bombes atomiques »]

- Les démantèlements des installations qui se multiplieront sans qu'à ce jour on puisse citer l'un d'entre eux qui serait allé à son terme de façon satisfaisante.

- Le risque de prolifération et de dispersion des matières fissile en serait augmenté

- ...

Après lecture, vous aurez compris que les promesses entrevues avec ces nouvelles technologies nous laissent un peu pantois. L'ambition affichée et l'ardeur à mettre en action les réseaux d'appui nécessaires pour élaborer les textes de cadrage qui guideront la rédaction des textes réglementaires, conseils, avis et lois nous font craindre d'être condamnés à garder en tête la question : « À quelle loi nous demandera-t-on d'obéir (et non de consentir1) demain ?

1 Hannah Arendt dans « Responsabilité et jugement » postule que : «L’obéissance est une vertu politique de premier ordre et sans elle aucun corps politique ne survivrait. La liberté de conscience sans restriction n’existe nulle part, car elle sonnerait le glas de toute communauté organisée. Tout cela semble si plausible qu’il faut faire un effort pour détecter le sophisme. Sa plausibilité tient à la vérité selon laquelle, comme dit Madison, « tous les gouver­nements », même les plus autocratiques, même les tyrannies, « reposent sur le consentement », et l’erreur réside dans l’équation entre consentement et obéissance. Un adulte consent là où un enfant obéit ; si on dit qu’un adulte obéit, en réalité, il soutient l’organisation, l’autorité ou la loi à la quelle il prétend « obéir ».