Tritium : Commentaire GSIEN

En septembre 2010, la Gazette (n° 257) publiait une dépêche AFP : « Les risques du tritium sous-évalués ? ».

Extraits : « Les risques pour la santé du tritium - forme radioactive de l'hydrogène - pourraient être sous-évalués car il pourrait s'intégrer à l'ADN au cœur des cellules, selon des experts ayant participé à un Livre Blanc publié jeudi par l'Autorité de sûreté nucléaire ». L’un d’eux, Patrick Smeesters, de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire belge, avait souligné que le tritium « associé à certains composants des cellules, peut agir au cœur même de d'ADN » avec le risque de « provoquer des mutations ».

L’AFP indiquait que l’ASN souhaitait des « investigations "sur de nouvelles approches par rapport à d'éventuels effets héréditaires" » et entendait « mettre en place un "comité de suivi" » ainsi qu’un « plan d’action » pour « la surveillance des différentes formes de tritium dans l'environnement et l'évaluation de leur impact » http://gazettenucleaire.org/?url=/2010/257.html

A priori, les compte-rendus du « comité de suivi » ne sont pas affichés sur le site Internet de l’ASN. Toutefois, le 17/10/2019, l’ASN a publié une note d’information d’où il ressort qu’à « la suite de la parution [du] Livre Blanc, l’ASN a élaboré un plan d’action « tritium » et mis en place, en 2010, un comité de suivi de ce plan, qu’elle réunit périodiquement. La cinquième réunion de ce comité s'est tenue le 4 octobre 2017 ». On compte donc cinq réunions en dix années, la sixième restant à l'état de promesse... Avant son décès, André Guillemette à qui nous rendons hommage dans le sommaire de ce numéro, membre de ce comité, attendait encore la date de cette future réunion.

https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Surveillance-et-limitation-des-rejets-de-tritium-des-installations-nucleaires

Dans le prolongement du Livre blanc de 2010, l’IRSN a publié un rapport en 2017, « Actualisation des connaissances acquises sur le tritium dans l’environnement ». L’IRSN indique avoir progressé dans les méthodes de traitement et d’analyse des échantillons ayant « conduit à éditer un certain nombre de Normes Françaises ». L’Institut affirme « connaître relativement bien aujourd’hui les niveaux ambiants de tritium en France au sein des différents compartiments et composantes de l’environnement », principalement pour l’eau tritiée (HTO). Il semble que les associations rencontrent néanmoins de grandes difficultés pour consulter les données sur les sites officiels. Selon la CRIIRAD, « la pagaille règne dans les fichiers du ministère de la santé » ...

Le GSIEN sollicite l’IRSN afin que soient rendues accessibles et exploitables les données relatives aux niveaux ambiants de tritium en France, historique compris.

https://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/surveillance-environnement/Documents/IRSN_Rapport-Tritium-2017_PRP-ENV-SERIS-2017-00004.pdf

Dans le Livre blanc, l’ASN écrivait : « Les données relatives à l’induction possible d’effets héréditaires doivent être évaluées de façon critique et avec prudence. De nouvelles approches méritent d’être investiguées, en tenant compte des avancées actuelles de la biologie ». Le rapport de l’IRSN ne montre pas d'avancée sur ce sujet.

De même pour la question centrale des « effets biologiques et sanitaires » soulevée dans le Livre blanc, notons l'absence de réponse dans le rapport de l’IRSN. Le sujet reste donc d’actualité : « les résultats disponibles vont dans le sens d’une évaluation de la toxicité du tritium plus importante que celle retenue à l'heure actuelle par les instances en charge de la radioprotection ».

L’ASN évoque la publication prochaine d’un « nouveau rapport sur l’actualisation des connaissances sur les effets sanitaires du tritium » (cf. note d’information du 17/10/2019). Les rapports se suivent et les questions demeurent. Existerait-il des freins à la poursuite de ces travaux ?

Certes, il ne doit pas être facile de négocier une évolution à la baisse des normes de radioprotection qui concernent le tritium compte-tenu des quantités rejetées par l’industrie atomique (civile, militaire, recherche) française. Nous pouvons citer notamment l’usine ORANO de La Hague qui est championne du monde pour ses rejets, entre autres, de tritium. L'usine de retraitement rejette en moyenne et par an plus de 12 000 TBq de tritium liquide dans la Manche, compte non tenu des rejets aériens.

Rappelons ici l'article « Le tritium produit dans les réacteurs nucléaires », de Jean-Claude Zerbib de mai 2017, consultable dans la gazette du nucléaire n°289 de septembre 2018 (p15), offre un focus intéressant sur ce point.

L'actualité met en ce moment Fukushima en exergue sur ce thème. Il y a 860 TBq de tritium liquide entreposés en réservoirs selon le Ministère de l’industrie du Japon. La polémique s'installe car Tepco envisage, sur 20 ans, après les jeux olympiques, de rejeter ce tritium dans l’océan Pacifique. Notons au passage que l’établissement d’Orano de La Hague en rejette annuellement quatorze fois plus en un an. En toute quiétude. Par ailleurs des responsables japonais se sont récemment rendus sur le plateau de la Hague. Doit-on y voir un lien de cause à effet ?

Réservoirs de stockage de l'eau tritiée à Fukushima


Sources

https://www.orano.group/docs/default-source/orano-doc/groupe/publications-reference/document-home/rapport-environnement-orano-lh-2017-jo.pdf?sfvrsn=72f19ccf_14

https://www.orano.group/docs/default-source/orano-doc/groupe/publications-reference/tsn-la-hague-2018.pdf?sfvrsn=daf62418_8

https://fukushima.eu.org/fukushima-en-forme-olympique-bilan-chiffre-pour-le-9ieme-anniversaire/

Des militants de Greenpeace prennent des mesures, le 27 avril 2013, près de la canalisation de rejets des déchets de l'usine Cogema de La Hague (Manche)

(MYCHELE DANIAU / AFP)

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/rejets-de-fukushima-degazages-la-mer-reste-la-meilleure-poubelle-de-l-homme_386603.html