Conclusions EnR

Revenons sur la « petite hydraulique ». Elle présente bien des avantages comme la présence d’ouvrages existants. De plus, « Les petits aménagements, qui sont bien répartis sur le territoire, produisent l’électricité à proximité du lieu même de sa consommation. Ils évitent ainsi des pertes dans les lignes de transports, indissociables d’une production fortement centralisée » [58]. Les « Pertes de transport et de distribution d’électricité » représentent entre 35 et 38 TWh par an depuis 2010, selon les statistiques gouvernementales [34], soit environ la production annuelle d’électricité de six tranches de 900 MWe...


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Dans la transition énergétique en cours, il va bien falloir penser décentralisation des moyens de production. Les grosses unités centralisées chères à EDF pourraient laisser la place à une multitude de petites productions réparties sur l’ensemble du territoire. Pourquoi, par exemple, ne pas coupler une mini centrale hydraulique réhabilitée avec quelques éoliennes, une installation géothermique, un "méthaniseur" recyclant la biomasse de déchets ménagers ou de fumier (production et stockage de biogaz), le tout saupoudré de panneaux solaires sur les toitures. On peut aussi imaginer des parcs communaux en solaire photovoltaïque avec production agricole sous les panneaux permettant d’alimenter les populations locales ainsi que des élevages de proximité, dans un premier temps près des postes de transformation basse et moyenne tensions d’ENEDIS facilitant ainsi les raccordements au réseau électrique. Au GSIEN, nous pensons qu’il est nécessaire de penser les projets à partir des besoins et des ressources locales, même si les gros parcs de production semblent toujours d’actualité.

La Commission nationale de débat public, en juillet 2021, a ouvert le débat d’un méga projet en Gironde, baptisé Horizeo, combinant production photovoltaïque, stockage d’énergie par batterie, un électrolyseur pour produire de l’hydrogène et « une surface destinée à l’agri-énergie, comprenant une activité mixte agricole et énergétique sur 10 à 25 hectares » selon la CNDP [59]. On peut regretter la maigre surface agricole envisagée dans le projet.

Le dimensionnement des installations au-dessus des besoins permettrait un stockage supplémentaire d’énergie dans des batterie ou en fabriquant de l’hydrogène. Mais EDF devrait alors abandonner une partie de la production électriques à une multitudes de petits producteurs : l’État et EDF sont-ils prêts à lâcher le beefsteak ? Pas sûr compte-tenu de leur acharnement à vouloir poursuivre à tout prix l’option nucléaire, de plus en plus onéreuse, au mépris des risques d’accidents graves et des problèmes incommensurables posés par les déchets nucléaires et les démantèlements des réacteurs à venir.

Une piste toutefois avec l’exemple de R&D danoise dans de gros parcs de production comme les aime EDF : les îles à électricité avec stockage et transformation de l’énergie électrique produite. Avec 3 GWe de puissance dans un premier temps puis 10 GWe à terme, « La production annuelle d’un tel parc est estimée à 40 térawattheures » [60]. De là à imaginer la réalisation de projets plus modeste en France comme par exemple, au large du cap de La Hague et au droit de la centrale nucléaire de Flamanville. Le parc éolien profiterait ainsi des installations d’évacuation d’énergie après l’arrêt définitif anticipé des tranches en fonctionnement mais également des lignes très haute tension de la tranche 3 n’obtenant finalement pas l’autorisation de divergence !

Malgré son faible rendement, l’hydrogène est présentée comme l’une des solutions pour sauver le climat, si toutefois sa production et ses usages étaient radicalement transformés, comme l’explique le Réseau action climat (page 30). Cela permettrait de ne pas y voir de connexion avec les projets de construction de nouveaux réacteurs. Une connexion que l’on peut également faire avec la promotion intensive de la voiture électrique par le législateur (primes et bonus) malgré l’existence de nombreux freins à son essor : coût élevé, autonomie réduite, usure de la batterie dans le temps et coût élevé de son remplacement, etc. La consommation électrique française stagnant depuis plusieurs années, l’essor de l’hydrogène et de la voiture électrique à marche forcée pourrait relancer la consommation élec-trique et justifier in fine les nouveaux réacteurs malgré leur faible rendement énergétique (cycle de Carnot).

Une fois n’est pas coutume dans la Gazette, voici la citation fort opportune d’un ancien secrétaire d’état américain : « Et la vivacité des passions était telle qu’on se savait plus très bien si les experts avaient été conduits à leurs conclusions par une étude scientifique ou s’ils se réclamaient de la science pour étayer des conclusions préconçues – comme il arriva trop souvent » (Henri Kissinger, Diplomaty – 1994).

Et qui arrive encore et toujours dans nos contrées atomiques...