CONTROVERSES NUCLEAIRES ! 
MINES D'URANIUM

MINES du TADJIKISTAN
Le Tadjikistan contaminé par des déchets radioactifs risque une catastrophe
http://www.courrierinternational.com/AFP/depeche.asp?obj_id=041210083051.1tzxql2b
10/12/2004


DOUCHANBE, (AFP)
    Le Tadjikistan, ex-république soviétique d'Asie centrale où à l'époque de Staline on extrayait de l'uranium pour créer la première bombe atomique de l'URSS, risque aujourd'hui une catastrophe écologique, des millions de tonnes de déchets radioactifs étant accumulés sur le territoire du pays, relèvent les experts.
    La roche contaminée «est ouverte au vent et à la pluie» et les déchets radioactifs «se dispersent sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres», a affirmé à l'AFP un conseiller pour les problèmes d'environnement du centre de l'OSCE à Douchanbé, Saulius Smalys.
    La première bombe atomique soviétique a été testée avec succès le 29 août 1949 sur un polygone dans le nord-est du Kazakhstan. L'uranium utilisé pour fabriquer cette bombe était extrait dans le nord du Tadjikistan.
    «Après le traitement des minerais d'uranium dans le nord du Tadjikistan à l'époque soviétique, il reste près de 50 millions de tonnes de déchets radioactifs. Si des tremblements de terre, des glissements de terrain, des éboulements ou d'autres cataclysmes s'intensifient, la contamination risque de se propager», a mis en garde M. Smalys.
    «L'extraction se faisait manuellement, avec des tamis. La technologie était si primitive que la majorité du bioxyde d'uranium restait dans le terril», a expliqué l'expert.
    Staline, qui s'était lancé dans la course aux armements avec les Américains exigeait sans cesse des Tadjiks qu'ils accélèrent l'extraction d'uranium. Les déchets radioactifs - la roche traitée qui contenait encore de l'uranium - étaient abandonnés dans les champs, sans souci de l'impact écologique.
    Aujourd'hui, dans les mines abandonnées, le niveau de radioactivité dépasse la norme de plusieurs dizaines de fois. Des centaines de Tadjiks continuent cependant à vivre sur des terres polluées. Les entrées des mines restent ouvertes et la poussière radioactive se disperse avec le vent sur des kilomètres.
    Selon les données de l'OSCE, la croissance des cancers dans le nord du Tadjikistan est de 250% plus élevée que dans d'autres régions.
    «Certaines mines se trouvent dans des terrains submersibles, près des rivières, et les déchets radioactifs risquent de pénétrer avec la pluie dans le fleuve Syrdaria», a estimé M. Smalys. Ce serait une catastrophe, car la vallée de Fergana, dans le bassin de ce grand fleuve est peuplée de quelque 10 millions d'habitants.
    Des milliers de Tadjiks vivent à proximité des zones dangereuses et peuvent observer les collines avec les mines radioactives par les fenêtres de leurs immeubles.
    L'OSCE compte aider le Tadjikistan à élaborer un projet technique de décontamination des sols et à trouver des sponsors, en invitant l'AIEA (Agence internationale pour l'énergie atomique) et l'Otan à coopérer.
    «Il faudra avant tout recouvrir les mines avec une couche de 3 mètres de gravier et d'argile», a expliqué M. Smalys.
    «Le Tadjikistan a besoin de centaines de millions de dollars» pour décontaminer les terrains où se trouvent dix mines abandonnées, a estimé le vice-directeur de l'agence de la sécurité nucléaire de l'Académie des sciences du Tadjikistan, Djabor Salomov.
    «Les endroits où sont accumulés les déchets ne sont pas protégés. Les habitants récupèrent dans les terrils des câbles et des métaux irradiés pour les revendre ou les utiliser dans leurs maisons», a indiqué un conseiller du chef du Comité d'Etat tadjik sur la protection de l'environnement, Djalil Bouzouroukov.
    «Nous n'avons pas de financement pour effectuer un contrôle des territoires contaminés. Ces mines sont un héritage du passé et une menace pour notre avenir», a-t-il dit.