RÉSEAU SOL(ID)AIRE DES ÉNERGIES !
CONFERENCES
LE DEFI DE L'ENERGIE AU 21ème SIECLE
Robert Klapisch
Conférence donnée au CERN
(9 février 1999)

Résumé, commentaire et analyse
(Travail fait en accord avec l'auteur de la conférence)
Yves Renaud, CERN
(septembre 1999)


II / Fossiles
«Le point important de la répartition inégale des ressources»
Exact, mais de quelles ressources s'agit-il? Manifestement peu des ER, puisque que les possibilités les meilleures sont justement dans les pays qui vont avoir la plus grande augmentation d'énergie. On ne répétera naturellement jamais assez que le stock de ressources non renouvelables étant une quantité finie, il s'amenuise nécessairement quand on l'utilise: quand on a dit cela, on a tout dit mais... on n'a rien dit! C'est-à-dire qu'on ne veut pas (s')avouer que si ces ressources sont considérées comme indispensables au bien-être, au Progrès, à l'expansion économique - en un mot "vitales"-, on est prêt à créer des conflits pour s'assurer de leur contrôle, point discuté ci-après:
 
 
«Les pays du Golfe continueront d'avoir une grande prépondérance et ceci peut être inquiétant»
Et on rejoint cette "peur" des pays du Golfe... Bien sûr, on ne peut ignorer les conflits meurtriers dans le monde entier pour le contrôle des ressources: ainsi, en éliminer la majeure des causes éliminera les conflits... majeurs. Les immenses réserves de pétrole de ces pays et leur position stratégique dans le golfe persique ne sont sûrement pas étrangères à la détermination avec laquelle on a chassé "l'intrus" [22]. Les Kurdes ont eu le malheur de vivre dans une région riche en pétrole, ce qui leur a valu des conflits incessants avec les Etats qui se le sont approprié. Il en est de même des Tchétchènes dans la fédération de Russie et des Ogonis au Nigeria. Les réserves d'uranium contenues dans le sous-sol de leurs territoires ont fait le même malheur de tribus indiennes en Amérique, de populations aborigènes en Australie et de populations noires en Afrique [23]. Et il faut rappeler qu'en terme de chiffre d'affaire du commerce mondial, le pétrole vient en troisième position après les armements et la drogue: beau podium...

MAIS rester "tétanisé" par ce fait «inquiétant», c'est reconnaître ainsi que ces ressources sont toujours aussi vitales, cela montre combien on reste hypnotisé par leur importance et que les "grands" de l'énergie, le nez sur la calculette, n'arrivent pas à penser en termes de développement durable: avec une simple "touche verte", cela signifiera simplement que l'on prendra plus de temps pour tout détruire...

Le "développement soutenable"? Mais comme si c'était une notion nouvelle! Ne date-t-elle pas de la nuit des temps, depuis les premières civilisations humaines qui ont vécu dans une compréhension implicite de ses règles? Mais le Nord considère toujours le développement soutenable comme síil dépendait nécessairement díune phase préalable de développement non soutenable! Tout d'abord, le terme "développement" n'est pas exempt de chausse-trappes, du fait qu'il peut signifier à la fois progrès et évolution. Et puis, "durable" a progressivement pris le sens de "bon", en particulier par la généralisation de la "durabilité"; cela semblant venir de ce qu'il est utilisé dans ce sens dans de nombreux débats... Nous n'en dirons pas plus, une recherche épistémologique, voire philosophique pouvant nous emmener trop loin. En attendant, il y a mieux à faire que de rester devant le dilemme de se rationner ou... d'attendre [24] (et en particulier presque tout d'hypothétiques technologies).

Commençons donc dès ici à esquisser des solutions: celle qui vient la première à l'esprit après ces premières questions est donc de supprimer cette... "vitalité". Nous allons voir petit à petit comment, et cette conférence aura au moins servi à y réfléchir... Mais il y aura des "réticences" (mot bien faible!) quand on sait que le chiffre d'affaire cumulé des "sept soeurs" pétrolières (BP, Exxon, Gulf, Mobil, Shell, Standard Oil et Texaco) représente les 2/3 du PIB de la France [25].

Réalise-t-on d'ailleurs la situation absurde où l'énergie mise en jeu pour récupérer les dernières ressources encore présentes est au mieux aussi grande que l'énergie qu'elles contiennent? Puisque la "traque" de l'énergie grise - encore tellement méconnue - est un des enjeux d'une amélioration de cette efficacité énergétique, ne devrons-nous pas échanger les matières premières contre notre... matière grise?!
 
 
«Il est néanmoins nécessaire de relativiser le lien entre la grosse consommation / habitant de la CEI (Ex Russie) par rapport à la CEE et le niveau de vie, expliqué par le gaspillage de la première»
Cette comparaison est critiquable si l'on ne parle que des seules efficacités énergétiques: remarquons simplement qu'il n'est pas fait mention du fait que la consommation d'énergie n'est pas seulement corrélée à la répartition des revenus [26] mais aussi par exemple aux structures économiques, ce qui explique pourquoi la consommation par habitant en Suisse est plus faible qu'en Belgique du fait qu'il y a moins d'industries lourdes.
 
 
«Comparons les émissions de CO2: la Suède ("nucléaire") a des émissions de CO2 - pour la production d'électricité - supérieures de 50% à celles du Danemark ("charbon et gaz")»
D'autres données sont disponibles:

En données générales, par sources corrélées (Larousse, Encarta et Alternatives Economiques),

En chiffres de pollution (source Observatoire de l'Energie) :
╚missions de CO2 dues ř la production d'╚lectricit╚

Excusez la qualité du document, mais on voit que la production de CO2 au Danemark (700) est 30 fois supérieure à celle de la Suède (22)!
«On aura besoin de toutes les sources d'énergie»
Encore une fois: des quelles? Car il est déclaré quelques instants après: «le solaire ne figure pas dans notre tableau car il n'intervient actuellement que pour moins de 1% au niveau mondial»: quel solaire? Il s'agit "immanquablement" ici du seul photovoltaïque (PV), alors qu'il faut aussi compter avec le thermique "passif" ou "bioclimatique" et le solaire thermique [28], mais "bien sûr", ça n'entre que dans ce qu'on appelle les énergies commerciales (voir cette problématique dans le paragraphe Biomasse). 



Annotations:


[22] Rappelons la boutade «le Golfe a des reflets "d'argent"»
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[23] Témoignages et présentations faites au World Uranium Hearing, Salzburg, 1992
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[24] Cette attente rappelle la colère de John Maddox, directeur de Nature (l'un des journaux scientifiques les plus prestigieux du monde), après sa lecture du célèbre «Halte à la croissance» du Club de Rome: selon lui, les problèmes de population, díenvironnement et de développement seraient réglés "le moment venu", par l'applications de techniques modernes; ces techniques "coûteuses" représentant une «assurance» dans laquelle il faut évidemment continuer d'investir! (in "The Doomsday Syndrome", 1972)
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[25] J-L.Bobin, L'énergie, Flammarion, 1996, p. 51
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[26] Entre 1973 et 1996 en France, le PIB a augmenté de 60% pendant que la consommation totale d'énergie finale n'a, elle, augmenté que de 10%, Bilan énergétique de la France, op. cit.
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[27] Il est intéressant de noter que jusqu'en 1989, le Danemark avait vendu à l'exportation davantage d'énergie sous forme d'éoliennes que la France sous forme de centrales nucléaires! (selon l'ancien ministre B.Lalonde) Science et Vie N°864, 9/89, p. 72
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[28] Rappelons que dans ce domaine, le premier "producteur" mondial d'énergie solaire est... Israël où les 65% du chauffage d'eau domestique sont assurés par des capteurs solaires!
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