C'est un
atlas planétaire des influences humaines sur l'océan qu'a
dressé une équipe américaine du National Center
for Ecological Analysis and Synthesis (NCEAS).
Jusqu'ici, les études se concentraient sur une activité (pêche,
réchauffement, etc.) ou sur une région (Atlantique, Méditerranée,
etc.). Vingt océanographes du NCEAS, eux, ont compilé les
données mondiales concernant 14 grands écosystèmes
marins et 17 activités humaines, incluant l'intrusion d'espèces
invasives, l'acidification, la pêche pélagique,
l'apport de nutriments
ou l'acidification de l'eau. Les mesures concernent les effets sur le plancton,
sur les récifs coralliens, les populations de poissons ou les écosystèmes
benthiques
(au fond de l'océan).
Les résultats de ces quatre années de travail, qui viennent d'être publiés dans la revue Science, sont également publiquement présentés à Boston, à l'occasion du congrès annuel de l'AAAS (American Association for the Advancement of Science), une association pour la promotion de la science. Elles sont aussi disponibles pour tous sous la forme d'une carte informatique lisible par le logiciel Google Earth: La carte indique par la couleur le degré d'influence des activités humaines sur les écosystèmes marins, du plus faible impact (en bleu) au plus élevé (en rouge). Les maximums s'observent dans des secteurs très localisés dans les Caraïbes, ou encore en mer du Nord. Mais la majorité de l'océan mondial est classé «moyen haut». © B. S. Halpern |
40% des océans sévèrement
touchés
La première conclusion est que l'impact des activités humaines est plus important que ce que l'on supposait jusque-là. Les auteurs ont déterminé un indicateur, entre 0 et 20, pour indiquer l'ampleur de l'influence humaine sur une petite zone. Reportée sur un planisphère, cette notation a donné une carte du monde diversement colorée. Les zones dont la note est inférieure à 1,4, donc à peu près épargnées, sont visibles en bleu sur la carte et ne représentent qu'une surface minuscule. Il s'agit essentiellement des régions polaires, mais aussi de la côte nord de l'Australie et de petites zones éparpillées dans l'océan Pacifique et le long des côtes d'Amérique du sud, d'Afrique et d'Indonésie. Les régions les plus touchées sont la mer du Nord, les mers de Chine orientale et méridionale et la mer de Bering. D'autres régions sont également très affectées (en rouge sur la carte) en Europe, en Amérique du nord, dans les Caraïbes ainsi que sur certaines côtes chinoises et du sud-est asiatique. Sur l'atlas, la couleur la plus répandue est l'orange (note entre 8,47 et 12). Au total, dans 40% de l'océan mondial, les écosystèmes sont « sévèrement menacés ». Même si aucune donnée nouvelle ne figure sur cette carte, jamais les résultats connus ici ou là n'avaient été ainsi regroupés. On peut en être surpris mais aucune vue d'ensemble ne permettait de quantifier les effets produits directement ou indirectement par l'humanité. Ces données rassemblées sur une carte, expliquent les chercheurs « fournissent désormais une information déterminante pour estimer, région par région, quelles activités humaines peuvent être poursuivies et lesquelles doivent être suspendues ou déplacées ». Carte centrée sur la France, obtenue avec Google Earth et le module téléchargeable fourni par l'équipe. © B. S. Halpern |