CONTROVERSES NUCLEAIRES !
ACTUALITE NUCLEAIRE
juin 2008
"Incident" dans une centrale slovène
Sources ADIT et liens cités

06 juin, plusieurs nouvelles, dont un document intéressant de l'IRSN
Tout d'abord, un communiqué de l'IRSN:
Incident dans la centrale nucléaire de KRSKO en Slovénie
http://www.irsn.fr

     La Commission Européenne a déclenché mercredi 4 juin le système d'alerte européen sur les risques radioactifs (ECURIE) après un incident dans une centrale nucléaire à Krsko en Slovénie. Cette alerte a été communiquée à la presse, et a fait l'objet, dès 19h48, d'une dépêche AFP.
     Bien que la Commission ait précisé, dans son communiqué, que «pour l'instant aucune fuite dans l'environnement n'a été identifiée», cette information a entraîné de nombreuses demandes d'explications de la part de la presse française auprès de l'IRSN. 
     Le système d'alerte ECURIE a été créé par l'Union Européenne en 1987 après l'accident de la centrale de Tchernobyl. Il permet un échange d'informations entre les Etats membres «en cas d'accident nucléaire majeur et d'urgence radioactive».  L'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), en tant qu'autorité compétente, est partie prenante de ce système. Comme l'a précisé le porte-parole de la Commission Européenne pour l'Energie, Mr Serran Tarradellas, c'est la première fois qu'une telle information a été rendue publique au niveau européen.

Explication de l'incident
     La centrale de Krsko en Slovénie est un réacteur à eau pressurisée de type Westinghouse comportant deux boucles de circulation d'eau, d'une puissance électrique de l'ordre de 650 MWe. Sa mise en service a eu lieu en 1981. Sa conception est similaire à celle des réacteurs à eau pressurisée français, et son niveau de sûreté est comparable aux réacteurs européens équivalents (cf. Rapport WENRA sur la sûreté des centrales nucléaires dans les pays candidats à l'Union Européenne). Le réacteur a fait l'objet d'une modernisation en 2000.
     Le mercredi 4 juin 2008 à 15h07, une fuite du circuit primaire de refroidissement du cœur du réacteur de la centrale de Krsko est survenue alors que le réacteur fonctionnait à pleine puissance. Cette fuite, située à l'intérieur de l'enceinte de confinement, était de l'ordre de 2,4 m3/h. Les équipes de conduite ont baissé la puissance du réacteur et mis celui-ci à l'arrêt. Après vérification de l'exploitant, l'origine de la fuite a été localisée au niveau des pompes primaires de circulation du circuit primaire. La fuite étant confinée dans le bâtiment du réacteur, il n'y a pas eu de rejet dans l'environnement.
Télécharger la note d'information au format PDF.
(2 pages - y compris le schéma d'une centrale PWR)


Slovénie: une valve défectueuse à l'origine de la fuite dans la centrale nucléaire
LJUBLJANA — Une valve défectueuse a provoqué la fuite de liquide dans le système de refroidissement de la centrale de Krsko, en Slovénie, à l'origine de l'alerte diffusée la veille dans les 27 pays de l'UE par la Commission européenne, a-t-on appris jeudi.
     Des réparations seront effectuées vendredi et la centrale pourrait être remise en route en début de semaine prochaine, a indiqué Stane Rozman, en charge de la centrale, située près de la frontière avec la Croatie. 'Tout est normal', a-t-il assuré.
     Le réacteur de la centrale, la seule du pays, avait été mis à l'arrêt mercredi soir après une fuite d'eau du circuit de refroidissement primaire dans l'après-midi.
     Des experts ont attendu le refroidissement du réacteur pour enquêter sur les causes de l'incident, ont indiqué des responsables de la centrale. La fuite à la centrale de Krsko a provoqué l'inquiétude des autorités de Bruxelles, mais des spécialistes assurent qu'elle n'a pas causé de dégât sur l'environnement.
     Les autorités slovènes ont évoqué un problème sur le circuit de refroidissement primaire de la centrale de Krsko, une ville de 25.000 habitants dans le sud-est de la Slovénie, à proximité de la Croatie.
     'Il n'y a pas eu d'impact sur l'environnement et aucun n'est attendu', affirme un communiqué publié mercredi et signé par le chef de l'Administration slovène de sûreté nucléaire, Andrej Stritar, ajoutant que l'incident 'n'a pas affecté les employés, la population proche ou l'environnement'.
     La Commission européenne avait diffusé mercredi soir une alerte dans les 27 pays membres de l'Union européenne après l'incident, annonçant par la suite que la situation était sous contrôle.

http://www.letemps.ch
Centrale en Slovénie :  «Une panne bureaucratique et non nucléaire»
     ALERTE. En décidant de communiquer sur l'incident de Krsko, la Commission européenne a suscité une anxiété hors de proportion avec l'événement, bénin en l'état actuel des informations.
Angélique Mounier-Kuhn
Vendredi 6 juin 2008
     Mercredi soir, 19h28. La Commission européenne envoie à ses journalistes correspondants un premier communiqué d'alerte évoquant un incident dans une centrale nucléaire de Krsko, en Slovénie. Il les informe «d'une perte de liquide de refroidissement dans le circuit primaire de la centrale». «Pour l'instant, aucune fuite dans l'environnement n'a été identifiée», précise Bruxelles. Un autre communiqué suit dans la soirée. Puis un troisième, vers 22heures, indique que le réacteur a été mis en état d'arrêt à 19h30 et décrit une situation «totalement sous contrôle». Un peu tard pour les paroles rassurantes. Déstabilisée, la planète médiatique s'est déjà embrasée. C'est en effet la toute première fois que la Commission a pris la décision de communiquer sur un incident nucléaire.
     Cette dernière a toujours été tenue au courant par Ecurie, le système européen d'information d'urgence sur la radioactivité, des avaries survenant dans des centrales d'Europe. Mais la responsabilité de communiquer au public était jusque-là laissée aux seules autorités nucléaires des membres du réseau. Ecurie a été créé en 1987 à la suite de la catastrophe de Tchernobyl, lorsque l'Europe prit conscience que les répercussions d'un accident nucléaire ne se limitaient pas aux frontières d'un pays ou à celles de ses voisins. Dès qu'un pays est touché par un incident, il fait transiter par le réseau un message à destination de tous les pays membres, dont la Suisse qui l'a rejoint en 1995.
Radioactivité
     «Les pays membres n'ont l'obligation d'alerter les autres qu'en cas d'incidents impliquant un relâchement de radioactivité ou nécessitant des mesures de protection pour la population», explique Cindy Seiler, responsable de la communication à la Centrale nationale d'alarme (Cenal), une division de l'Office fédéral de la protection de la population chargée de la gestion des événements extraordinaires. «Mais il y a quelque mois, la décision a été prise de relayer les informations concernant tous les événements, même mineurs, poursuit-elle. Nous recevons deux à trois messages de ce type chaque année
     Dans les faits, l'incident signalé mercredi après cafouillage mais avec diligence par la Slovénie à Ecurie, était le quatrième rapporté en Europe depuis le début de l'année. Pourquoi, la Commission l'a-t-elle rendu public alors qu'elle n'avait jamais agi ainsi auparavant? «Il n'y a aucune culture de la transparence en matière de nucléaire. Pour la première fois nous avons décidé de fournir des faits», justifie Ferran Tarradellas, son porte-parole pour les questions énergétiques. Louable dans de prime abord, l'initiative bruxelloise n'en a pas moins été jugée déplacée par beaucoup d'observateurs en raison de l'anxiété disproportionnée qu'elle a suscitée dans le grand public. Non préparée, la meute des médias a propagé l'information sans précaution. «Nous aussi nous avons été pris par surprise. Cette décision, de ne rien cacher pour la première fois, était difficile à prendre», concède-t-il.
     La Commission aurait peut-être été mieux avisée de ne pas la prendre. Il y a eu une inadéquation «entre le formulaire utilisé, celui d'un message «d'alerte» et la description de l'événement», relève ainsi Cindy Seiler. Il a été rangé au niveau zéro de l'échelle à sept degrés avec laquelle l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) classe les incidents nucléaires par ordre de gravité. Autrement dit, en l'état actuel des informations à sa disposition, l'Agence de Vienne considère l'épisode de Krsko comme un simple «écart», sans implication pour la sécurité. Un non-événement en quelque sorte... «La Commission essaye de s'imposer comme autorité nucléaire et veut supplanter les autorités des pays membres qui font ce travail depuis longtemps», affirme Bruno Pellaud, ancien directeur adjoint de l'AIEA. «Elle a pris cette décision administrative pour montrer qu'elle était le patron. Ce n'est pas à une panne nucléaire à laquelle nous avons eu affaire, dénonce-t-il. Mais à une panne bureaucratique. Il n'y avait aucune raison d'émettre l'alerte

http://europe.courrierinternational.com
A LA UNE
Incident dans une centrale nucléaire slovène
     La confusion provoquée par un prétendu incident dans une centrale nucléaire de la ville slovène Krsko embrase de nouveau la discussion autour de la sécurité de l'énergie nucléaire en Europe. Mais la politique d'information de la Commission de l'UE et du système d'alerte nucléaire européen "Ecurie" fait l'objet de critiques.
Der Tagesspiegel (Allemagne)
     Pour le quotidien Der Tagesspiegel, la confusion provoquée par le soi-disant incident dans une centrale nucléaire slovène révèle la faiblesse du système d'alerte européen et une politique d'information insuffisante: "Quelqu'un sait-il vraiment ce qui s'est passé mercredi dans la centrale nucléaire slovène de Krsko? S'est-il passé quelque chose? Ne s'est-il rien passé? Devons-nous croire que quelqu'un a 'seulement' confondu un formulaire et ainsi déclenché le système d'alerte européen? Même s'il ne s'agit au final que d'un incident insignifiant, une chose est claire: cela aura été un accident maximal prévisible du système d'informations. Ce cas montre que le système d'alerte européen ne fonctionne pas. Il n'y aurait sinon pas eu toute cette confusion. La Slovénie a tout de même fait un rapport. Tous ne le font pas quand il y a des problèmes. Il faut le reconnaître. Mais qu'arriverait-il si des événements plus graves se produisaient? Qui peut en dresser rapidement le tableau? Comment en serons-nous informés? Que sera-t-il fait? Après ce désastre, on peut être inquiets."
Delo (Slovénie)
     Dans le contexte de l'incident survenu dans la centrale nucléaire de Krsko, le quotidien Delo se fait du souci pour la réputation de la Slovénie en Europe: "Bien que l'annonces erronée, voire le malentendu ait été corrigé en quelques minutes, cet évènement a jeté une lumière trouble sur la crédibilité de la Slovénie, et en particulier chez nos voisins du nord qui n'avaient déjà de toutes façon pas une bonne opinion sur ce pays. L'erreur et la superficialité sont devenus des mots-clés exploités par les déclarations des politiques et des médias avec des allusions du style: Que se passe-t-il 'vraiment' dans la centrale nucléaire? Que dissimulent les Slovènes? Et qu'il est pour ainsi dire très inhabituel qu'un élément aussi important qu'une information officielle sur un évènement dans une centrale nucléaire dépende d'un simple formulaire sur lequel un mot barré permet de faire la différence entre un véritable accident et un exercice."
Postimees (Estonie)
     D'après le quotidien estonien, la panne dans la centrale nucléaire de Krsko montre une nouvelle fois le dilemme auquel est confrontée l'Union européenne: "L'énergie nucléaire n'est pas particulièrement appréciée par les citoyens européens mais il existe en même temps une importante dépendance énergétique. Si l'on décide de produire moins d'électricité issue du nucléaire parce que les incidents comme celui intervenu en Slovénie nous rappellent les souvenirs de la catastrophe de Tchernobyl, il faudra importer plus de gaz, et celui-ci provient de la Russie. Certains voient d'abord les risques liés à l'énergie nucléaire, d'autres la menace de la dépendance énergétique à la Russie. Nos politiques doivent trouver des réponses à la question suivante : Comment renoncer à l'énergie nucléaire tout en réduisant la dépendance énergétique de l'Europe, et le tout, je vous prie, en respectant l'environnement."