CONTROVERSES NUCLEAIRES !
ACTUALITE DES CONTROVERSES...

2009
juillet
L'Italie relance discrètement le nucléaire, vingt-deux ans après son arrêt total

LE MONDE
Montalto di Castro (Italie) Envoyé spécial

     La centrale de Montalto di Castro, au nord de Rome, semble figée en cette matinée torride de juillet. "Elle travaille au ralenti, bien en dessous de sa capacité", explique Pieranna Falasca, militante écologiste de la première heure, revenue là où le nucléaire italien avait achoppé dans les années 1980. Le pays était alors le troisième producteur d'énergie nucléaire dans le monde. La lutte des écologistes est parvenue à faire dérailler la puissante machine. La centrale nucléaire a été reconvertie, en partie, en thermoélectrique. Le mouvement écolo était né.
     "Combien de manifs, d'échauffourées avec la police! Au début, nous n'étions qu'une poignée, taxés par les gens d'ici comme les idéalistes de service qui allaient leur faire perdre des emplois sûrs", se souvient la militante. La lutte a pris de l'ampleur, la catastrophe de Tchernobyl a fait le reste. En 1987, par référendum, les Italiens votent l'abandon du nucléaire. Le gouvernement démantèle les centrales en fonction et celle de Montalto en construction, malgré les sommes faramineuses engagées.
     Le vote du Sénat en faveur du retour au nucléaire, le 9 juillet, remet tout en question. Le gouvernement a maintenant six mois pour trouver les sites des futures centrales. Et presque naturellement, les regards se tournent vers Montalto.
     Surprise: dans la ville, les avis sont plutôt favorables. Comme ceux de ce petit groupe de vieux, installés à l'ombre d'un olivier sur la place principale: "Le danger? Mais nous avons déjà les centrales françaises à la frontière! lance l'un. Et que notre énergie dépende à 80% de l'étranger, cela ne peut plus durer." "Quand je vois la fumée qui s'échappe de la centrale, je me dis qu'avec le nucléaire, au moins, ce serait propre", renchérit un autre.
     Une passante se mêle à la conversation. Les gens d'ici sont pour, explique-t-elle, "à cause de la crise" et parce qu'"il y aura des retombées pour l'emploi". D'autant que des sommes importantes devraient être allouées aux collectivités locales qui jouent le jeu.
     Reste à trouver l'argent. Le nouveau programme coûte cher et ne sera bénéficiaire qu'à très long terme. Le gouvernement table sur huit à dix centrales d'ici à 2020 pour couvrir un quart des besoins en énergie. Pour faire plus vite, il faudrait remettre en marche celles "démantelées avec trop de précipitation", suggère Paolo Fornaciari, le M. Nucléaire italien.
     Cet ingénieur, qui fut à l'origine de tous les projets de centrales avant l'abandon du nucléaire, assure que les vieilles centrales "sont sûres" et que leur remise en état "coûterait bien moins cher que d'en construire de nouvelles."
     Il se félicite du retour au nucléaire: "Nous payons l'électricité deux fois le prix de la France, trois fois celui de la Suède, 50% en plus par rapport à la moyenne européenne... Comment voulez-vous que nos industries, dans une telle situation, puissent être compétitives ?"
     Les deux décennies sans nucléaire n'ont pas été mises à profit pour faire avancer les énergies renouvelables. Au pays du soleil, le solaire est toujours à la traîne, loin derrière l'Europe du Nord. Stefano Ciafani, responsable de l'association écologiste Legambiente, s'inquiète: "Le nucléaire risque de drainer maintenant toutes les ressources disponibles. Les énergies renouvelables en feront les frais." Y compris, suppose la militante prête à recommencer, la centrale à énergie solaire qui devait surgir à côté de la vieille centrale, à Montalto: le terrain vague censé l'accueillir pourrait bien le rester.

Salvatore Aloïse
(suite)
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Wikipedia:
     La centrale nucléaire de Montalto di Castro est une centrale nucléaire qui devait être installée à Montalto di Castro dans la province de Viterbe de la région du Latium en Italie.
     Cette centrale devait être constituée de deux réacteurs BWR de 982 MWe. Les deux réacteurs étaient proches de leur achèvement lorsque le gouvernement italien décida de stopper la construction à la suite du référendum de 1987 sur l'arrêt de l'utilisation de l'industrie nucléaire pour l'Italie.

Nouvelle centrale nucléaire à Montalto di Castro (Italie)?
Effet de terre:
http://effetsdeterre.fr/
    En lisant Le Monde hier, je découvre que cette commune, Montalto di Castro, fut le symbole des luttes antinucléaires passées en Italie. Une sorte de Plogoff, si vous préférez (1). Et que ce symbole risque fort de le redevenir. Car l'Italie, qui avait rayé l'énergie nucléaire de la carte en 1987, a décidé d'y revenir, et vite.
La centrale de Montalto di Castro vue par Google Earth
     C'est sans doute à Montalto di Castro que l'atome italien reviendra. Car à l'époque, au plus fort du combat antinucléaire qui culmina avec un référendum national gagné de haute lutte en 1987, deux réacteurs étaient en construction près de ces plages. Le chantier fut arrêté, et en partie démantelé. Et la centrale réorientée vers les hydrocarbures, même si elle ne fonctionnait pas souvent. Depuis peu, il était question d'installer non loin une centrale solaire.
     L'Italie est un drôle de pays. Pendant ce séjour estival, je n'avais pas eu de mal à compter ne serait-ce que les chauffe-eaux solaires sur les toits, et pour cause, ma main y suffisait amplement. Et pourtant, c'est une région qui ne manque pas de soleil, ma peau s'en rappelle encore. Mais l'agité du Conseil italien a décidé autrement. Comme il faut désormais trouver des sites pour le retour du nucléaire italien, et vite (6 mois), Montalto figure en tête de liste!
     Les baigneurs de la région auront probablement le plaisir de se baigner au pied d'une centrale nucléaire d'ici quelques années. Je ne sais pas pour vous, mais je n'apprécie guère de me baigner à côté d'une usine, en particulier à atomes. Je préfère encore les moulins à vent!