Verhofstadt II reniera-t-il
Verhofstadt I? Les grands stratèges en appelleront aux grandes sentences
pour dire qu'il n'y a que les imbéciles qui... Changer d'avis
dans un dossier aussi délicat en quatre ans ne relève cependant
pas de la simple maxime.
Le 31 janvier 2003, sous Verhofstadt I, la Belgique s'est dotée d'une loi prévoyant que «les centrales nucléaires destinées à la production industrielle d'électricité sont désactivées quarante ans après la date de leur mise en service». Entre 2015 et 2025, le royaume éteindra ses sept réacteurs atomiques. Un texte voulu par la branche écologiste de Verhofstadt I et voté par la majorité parlementaire rouge-verte-bleue. Du bout du doigt. Depuis cet abandon nucléaire annoncé, des voix n'ont cessé de s'élever pour dénoncer cet acte «inconscient». Jusqu'au sein du gouvernement. Jusqu'à provoquer la commande par le ministre de l'Energie, en 2004, d'un rapport sur les besoins énergétiques de la Belgique dans les vingt prochaines années. Jusqu'à demander la rédaction de ce document à un aréopage essentiellement constitué de « nucléaristes convaincus», selon des organisations écologistes. Le rapport se dessine actuellement et prône, dans ses conclusions préliminaires, une révision de la question nucléaire... Non, Verhofstadt II ne désavouera pas son prédécesseur. Le gouvernement d'aujourd'hui pose simplement les jalons du reniement de demain. Un acte politiquement politiquement inacceptable. Nul n'a le droit de jouer au yo-yo avec des décisions aussi vitales que l'approvisionnement énergétique d'un pays. Un gouvernement ne débat pas d'un problème après l'avoir tranché. La discussion est préalable à la décision ... Un acte manqué surtout. Car le coeur du problème ne se situe pas dans le réacteur nucléaire. En quatre ans, Verhofstadt II n'a injecté que de faibles moyens dans les économies d'énergie, dans une chasse aux gaspillages qui pourrait rapporter gros. La facture d'une centrale nucléaire s'élève à environ trois milliards d'euros. Avant de songer à la fission de l'atome, que le royaume les consacre à une collecte de watts gratuits. Ceux qui ne sont pas consommés. L'étude qui vante l'énergie nucléaire:
Le nucléaire resurgit:
(suite)
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suite:
Le document préliminaire qui sera soumis, vendredi, à des experts du Conseil central de l'économie, de la Banque nationale ou encore du Conseil fédéral du développement durable, ne se borne pas à l'épineuse question nucléaire et ébauche les grandes lignes de la politique énergétique de demain. La diversification. La Belgique ne peut pas mettre «tous ses oeufs dans le même panier. (...) Nous ne pouvons nous permettre le luxe d'exclure trop de choses». Traduction: le royaume, vu sa dépendance de sources primaires étrangères (gaz, pétrole, charbon, uranium), se doit de n'exclure aucune voie d'approvisionnement en combustible, de production d'énergie et de réduction de consommation. Soit combiner, par exemple, les moyens de génération électrique tels qu'éoliennes, panneaux solaires, centrales au gaz, réacteurs atomiques et installations de cogénération (chaleur et courant). Les économies d'énergie. Le rapport préconise de « défendre à travers l'enseignement et l'information du grand public une utilisation respectueuse de l'énergie. La Belgique doit faire tout ce qui est raisonnablement acceptable pour exploiter son potentiel d'économie d'énergie. Exemples: introduire des normes plus strictes en terme de performance énergétique des bâtiments (comme le prévoit une directive européenne) ou inciter l'industrie à se concentrer sur cette problématique par le biais d'audits. Les certificats verts. Ce système impose des quotas d'énergie renouvelable aux producteurs qui se voient contraints d'acheter lesdits certificats lorsque leur seuil de production «verte» n'est pas atteint. Le rapport propose d'imposer des limites plus «ambitieuses», de détacher ces quotas de la production pour les appliquer aux volumes d'énergie effectivement fournis aux consommateurs et, partant, de rendre les certificats échangeables au niveau européen. Une manière, selon les experts, de contourner le problème du «potentiel limité de renouvelable» en Belgique. Répercuter les hausses de prix. Selon les recommandations de la commission «Energie 2030», «les hausses des prix de l'énergie doivent être totalement répercutées sur le consommateur». A moins d'êtres justifiés (notamment socialement), les rabais tarifaires doivent être exclus afin d'éviter, entre autres, «le gaspillage d'énergie». Les éoliennes en mer. «Les autorités doivent reconsidérer sérieusement les sites du Wenduine Bank et du vlakte van de Raan», estiment les experts. Situés au large de la côte belge, ces deux bancs de sable ont été rayés, essentiellement pour des raisons «esthétiques», de la carte officielle qui reprend les endroits susceptibles d'accueillir des moulins à vent en mer du Nord. Electrabel avait présenté un projet de 50 éoliennes offshore (220 millions €) sur l'un de ses deux sites avant de se heurter à des revirements fédéraux. L'électricien a introduit une action en dommages et intérêts contre l'Etat. Le préjudice atteindrait 17 millions €. Capture des gaz à effet de serre. La commission considère que la Belgique doit se doter, avant 2030, d'une centrale «pilote» qui n'émettrait pas de gaz à effet de serre. Ceux-ci seraient «capturés» et injectés sous la terre. Les experts conseillent d'ailleurs de rechercher des stockages souterrains. Les industriels veulent leur propre centrale: De grandes entreprises belges, grosses consommatrices d'électricité, envisagent d'investir dans une nouvelle centrale nucléaire pour diminuer leurs factures, a indiqué Thomas Leysen, le président de la fédération de l'industrie technologique Agoria et administrateur délégué d'Umicore. «Si l'industrie veut suffisamment d'énergie à un prix acceptable, il faudra investir dans une nouvelle capacité avec des prix concurrentiels. Sans l'énergie nucléaire, ce n'est pas possible», a-t-il déclaré au Tijd. En octobre, sept grandes entreprises (Arcelor Mittal, Duferco, Air Liquide, BASF, Solvay, Tessenderlo et Umicore) avaient annoncé la création de Blue Sky, une alliance destinée à faire face à la montée des prix de l'énergie par la signature d'accords à long terme avec les fournisseurs en électricité. Mais Blue Sky, qui représente environ 15% de la consommation totale en électricité du pays, n'a pas de «position commune» sur les propositions de Thomas Leysen, selon le Tijd. |